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Vous trouverez ici une petite réflexion suite à une longue discussion avec le directeur de la Direction Départementale de l'Agriculture et de la Forêt du Tarn, le directeur du département forêt, ainsi que le technicien DDA qui est chargé de la gestion de mon chantier.L'étape la plus importante, à mon sens, dans la vie d'une forêt résineuse, est la première éclaircie: de celle-ci va dépendre l'architecture de base d'une forêt pour ses futures exploitations (cloisonnements, sorties de parcelles, densités à prélever, ...).
Cette première éclaircie a pour but, en principe, d'ouvrir des cloisonnements (1/5 des lignes en principe), puis de prélever environ 30% des tiges restantes, notamment les malformés (fourchus, cassés) et les tiges qui sont directement en concurrence entre elles.
Voilà pour les principes de base. Seulement, il est très difficile de réaliser cette opération en tenant compte, en supplément, des paramètres suivants: production; commerce; sylviculture.
Le facteur commerce
Disons la vérité: un propriétaire vend d'abord son bois dans le but de payer un beau mariage à sa fille (selon l'expression exacte de mon ancien prof de sylviculture). Son objectif est donc de vendre son bois le mieux possible. Dans le cas d'une première éclaircie, ce n'est pas tellement important, tout du moins, directement. En revanche, la manière de la réaliser va influer sur la vente de la seconde éclaircie, dix ans plus tard: les gestionnaires aimeraient que nous coupions tous les arbres dominés, d'un diamètre non commercialisable, dans l'objectif de nettoyer la parcelle. Ainsi, lorsqu'un marchand de bois viendra visiter la seconde éclaircie à réaliser, les arbres lui paraîtront d'un diamètre moyen beaucoup important, et aura tendance à augmenter son offre au mètre cube (certains parlent d'une dizaine d'euros, donc, sur 2 000 m3...).
Le facteur sylviculture
D'un point de vue sylvicole, prélever ou laisser les arbres dominés à la première éclaircie n'a pas d'influence sur la croissance: la compétition se joue au niveau du haut de la tige. En revanche, il faudra absolument les prélever lors de la seconde éclaircie. Dans le cas échéant, ces tiges sécheront sur pied et seront donc perdues.
En revanche, garder ces dominés lors de la première éclaircie vas assurer une certaine stabilité au peuplement après l'exploitation: en cas de vents forts, ces tiges "tiennent" les dominants, et limitent leur casse.
Le facteur production
C'est vraiment celui qui me concerne directement. Ce facteur, paradoxalement, se rapproche très sensiblement de la sylviculture: une seconde éclaircie normale (en cas de prélèvement des dominés lors de la première éclaircie) n'est pas intéressante d'un point de vue de la production, car il y a peu de prélèvement à effectuer si l'on veut garder un certaine équilibre dans la densité. Je considère qu'il s'agit d'une opération "mal intégrée" entre la première éclaircie, où il y a beaucoup de bois à prélever étant donné qu'une ligne sur cinq est récoltée, et la troisième éclaircie, opération lors de laquelle on récolte des bois qui commencent à avoir un volume intéressant une machine.
Mon point de vue est donc le suivant: garder ces tiges dominées lors de la première éclaircie est une bonne chose. En 10 ans, elles ont eu le temps de grossir un peu, et deviennent commercialisables lors de la seconde éclaircie. Elles on donc joué un bon rôle entre les deux opérations, et permettent d'augmenter le volume à prélever lors de la seconde éclaircie, la rendant beaucoup plus intéressante.
Autre point, ces bois, qui auraient été coupé en première éclaircie n'auraient rien rapporté à son propriétaire, et auraient couté de l'argent à l'entrepreneur qui les a récolté, puisque non valorisés (il faut 25 secondes pour prélever un arbre non commercialisable, et on peut en faire plusieurs centaines dans une journée). Tandis qu'à la seconde, une valorisation existe pour ces petits bois, permettant à tous le monde de rentabiliser la coupe.
Alors quelle décision faut-il prendre? Avoir une approche commerciale, productive ou sylvicole?
A mon avis, l'approche productive et sylvicole me paraît la plus judicieuse: mettre en jeu la stabilité d'un peuplement; donc sa survie, peut couter très cher. Cela peut mener tout simplement à une mortalité rapide et généralisée d'une parcelle (il m'est déjà arrivé d'effectuer une coupe rase sanitaire de 4 hectares sur une parcelle au stade de la seconde éclaircie). La sylviculture est un point essentiel de la gestion d'une forêt. Travailler à son détriment reviendrait à réfléchir sur le très court terme.
Alors gestionnaires, pensez-y! Il est sans doute plus rentable de vendre ses bois 10 euros moins chers lors de la seconde éclaircie, plutôt que de devoir raser une parcelle à l'âge de 35 ans au lieu de 70 ...
par Thibault
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