Texte Libre

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Vous avez remarqué ? Ces dernières années, notre vocabulaire courant a pris une petite teinte écologique avec les mots récurrents comme "biodiversité", "écologie", "développement durable", et bien d'autres encore... Et bien aujourd'hui, j'aurais aimé vous indiqué le sens de l'un de ses trois mots en forêt : la biodiversité.En forêt, biodiversité peut avoir un sens d'un point de vue de la richesse en espèces animales dans une zone déterminée, mais je voudrais surtout vous parler de son sens sylvicole, à savoir la diversité des essences forestières présentes dans une parcelle.
En 1999, deux tempêtes ont frappé la France à la fin du mois de décembre (Voir mon article 1999: Année marquante pour une forêt marquée). De ces catastrophes climatiques, les experts en foresterie en ont tiré quelques leçons, dont celle d'éviter les plantations mono spécifiques (une seule essence forestière). Mais quels sont, en réalité, les avantages de mélanger les essences ?
- Amélioration de la qualité du sol: le fait d'avoir deux ou trois espèces végétales ligneuses permet un brassage des humus, et contribue à améliorer la richesse trophique du sol (nutrition), son pH, mais aussi sa richesse en espèces animales (les insectes en particulier): le pH détermine la présence de vers de terre, d'insectes type araignées, scarabées,... Plus celui-ci est acide, moins il y aura d'insectes et plus il y aura de champignons. On considère qu'au dessous d'un pH de 4, les vers de terre ne sont plus présents, ce qui est catastrophique pour l'aération du sol. Un nombre élevé d'insectes améliore l'aération des couches inférieures du sol, ce qui permet aux arbres de puiser de l'oxygène par les racines.
- Stabilité du peuplement: mélanger les essences permet de créer un ancrage naturel : toutes n'ont pas le même type d'enracinement, et cette différence crée la stabilité. De plus, en mélangeant, par exemple, des résineux avec des feuillus, la résistance aux vents forts va être améliorée en hiver du fait de l'absence de feuillage chez les feuillus. Le vent traversera plus facilement un espace boisé et ne forcera pas sur les tiges.
- Meilleure protection contre les pathogènes: dans le peuplier par exemple, il existe de gros gros problèmes liés à certains pathogènes (rouilles). Ceux-ci sont accentués par la mono spécificité des parcelles: tous sont absolument identiques (d'autant plus qu'il s'agit parfois de clones pour le peuplier), et les rouilles déciment très rapidement des parcelles entières. Tandis que dans des plantations mélangée, toutes les espèces ne seront pas sensibles aux mêmes pathogènes. Les probabilités pour avoir une catastrophe sanitaire dans une même parcelle sont donc moindres.
- Meilleure réactivité face au marché du bois: Le marché de chaque essence varie en permanence. Avoir plusieurs essences dans un domaine permet d'avoir une marge de réaction face à ces marchés: lorsque le prix d'une essence baisse, les autres essences viennent compléter les revenus financiers des coupes.
Il existe cependant une limite de taille à ces explications: la taille du domaine boisé. Si les trois premières préconisations sont efficaces même dans les petites parcelles, la dernière est intéressante uniquement sur des parcelles de grande taille: la gestion forestière demande, tout de même, des ressources suffisantes pour chaque espèce pour la rendre commercialisable. En effet, la limite inférieure (en général) pour commercialiser du bois est l'équivalent d'un camions: si la parcelle ne permet pas de récolter la quantité d'un camion de bois pour un produit donné, l'exploitation n'est pas intéressante (problèmes de coûts de transport). En revanche, il est tout à fait possible de tenter des regroupements de parcelles (avec d'autres propriétaires) pour parvenir, tout de même, à effectuer une récolte rentable pour tout le monde.
Aujourd'hui, ces mesures ont parfois du mal à se mettre en place chez les propriétaires privés (cela demande une gestion très fine et très suivie). Par contre, l'Office National des Forêts fait de très gros efforts en matière de gestions forestière pour parvenir, de manière naturelle, à obtenir un certain melting-pot forestier.
par Thibault
publié dans :
Tours et détours en forêt









