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Lundi 29 octobre 2007
Picotalen051.JPGJe traite le sujet avec quelques jours de retard, mais j'avais vraiment besoin de porter une grosse réflexion sur le thème lourd par son contenu du Grenelle de l'Environnement.

J'ai cru comprendre à son sujet que toutes les organisations écologistes - ou presque -étaient satisfaites des propositions faites lors de ce fameux Grenelle. Oui, ma foi... Pourquoi pas. Seulement, je trouve qu'il est un peu facile, bien que nécessaire, de s'attaquer aux facteurs de pollution en taxant (taxe carbone, la fameuse écopastille). Mais finalement, utilise t'on réellement les outils naturels existant qui permettent de lutter de manière naturelle, et sans aucun coût supplémentaire pour chacun d'entre nous. Tout le monde l'aura compris, je parle bien évidemment de la forêt. Oui oui, la forêt fait partie, à mon sens, des grands absents de ce Grenelle. 

Ayant fait ce constat, je me suis posé une question simple et évident pour tout forestier qui se respecte : y avait-il au moins un groupe de travail susceptible de faire des propositions sur le milieu forestier et sa gestion (en temps qu'espace naturel, espace de production, ...)? Je fus agréablement surpris en constatant que oui. Le quatrième groupe de travail (dont voici la page d'accueil sur le site officiel du Grenelle) était chargé du thème "Adopter des modes de production et de consommation durables : agriculture, pêche, agroalimentaire, distribution, forêts et usage durable des territoires". Quel intitulé! Je me mets alors en quête d'un membre de ce groupe représentant le milieu forestier. A ma grande surprise (cette fois mauvaise), personne... Pas même des membres de l'Office (ah si, M. Drege dans le groupe de travail n°1, qui n'avait d'ailleurs pas grand chose à y faire), ni des représentants de la forêt privée (pourtant majoritaire en France).

Pourtant, il me semble que ce fabuleux espace naturel est considéré comme LE poumon vert de la planète! Il me semble qu'il s'agit d'un formidable outil pour l'absorption du carbone dans l'atmosphère, lui conférant ainsi l'un des rôles principaux dans la lutte contre l'effet de serre. Pour preuve, voici quelques chiffres éloquents:

   - Il y a environ 17 millions d'hectares de forêt sur le territoire français;
   - Ces 17 millions d'hectares ont produit, entre 2005 et 2006 (selon l'Inventaire Forestier National), 103,1 millions de mètres cubes de bois;
   - 1 mètre cube de bois correspond à une masse moyenne de 700 kg de carbone brute;
   - Il y a donc eu, en un an, 72 millions de tonnes de carbone absorbées! C'est tout de même énorme non ?


Alors pourquoi se priver d'un tel outil naturel? Parce qu'il ne rapporte pas directement des fond à notre Etat si endetté? C'est sans doute l'une des raisons. Et pourtant, voici ce qui serait possible de faire pour accroître encore ce pouvoir d'absorption, et pour faire accepter au grand public les modes de gestion (c'était tout de même une occasion rêvée ce Grenelle!).

   - Renforcer les systèmes de labellisation mis en place depuis déjà des années. Déjà au Sommet de la Terre à Rio en 93, des labels de certification forestière avaient vu le jour (PEFC notamment). Pourtant, on en entend de moins en moins parler: les clients avertis peinent à trouver des produits certifiés FSC ou PEFC, et les néophytes ne risquent pas de les rencontrer, et si c'est le cas, ils ne sont même pas mis au courant de la signification du label, de ses enjeux, etc. Il est donc primordial de renforcer le système de communication autour de ces labels qui pourraient, à mon avis, donner une véritable crédibilité à nos actions en forêt.

   - Mener de nouveau une politique de reboisement digne de ce nom. Il y a encore quelques années, l'Etat arborait fièrement ses contrats Fond Forestier National, avec un système de subventions à la plantation très concret puisque les plants étaient fournis. Evidemment, s'il n'y a pas de suivi des contrats souscris, c'est l'échec assuré, ce qui a été le cas pour le FFN. Mais il est nécessaire d'inciter les propriétaires privés à reboiser certaines parcelles aujourd'hui inutilisables et inutilisées (jachères, pentes, landes, etc...).

   - Favoriser une sylviculture permettant une gestion durable des espaces forestiers français, qu'il s'agisse d'espaces de production ou de protection. Sur le terrain, on a parfois l'impression qu'il existe un gouffre immense entre tous les organismes de la gestion forestière, ne permettant pas de communication, et donc de gestion sur le long terme.

   - Former les propriétaires de manière efficace pour leur permettre d'évaluer le potentiel (aussi minime qu'il soit) de leurs parcelles. Aujourd'hui, certains possèdent un "bout de forêt", et pensent posséder un trésor extraordinaire, et d'autres possèdent des forêts de valeur sans même s'en rendre compte. Des formations existent déjà, mais tous les propriétaires ne les connaissent pas et n'y ont pas accès.

   - Renforcer les campagnes du type "Le Bois, c'est Essentiel". Cette campagne était parfaite dans ses intentions, mais les moyens, à mon avis, ont manqué. On a très peu vu les spots TV. De telles campagnes permettent d'encrer dans les esprits certaines informations capitales. Dans le domaine du bois, diffuser de l'information est capital, puisque la "bonne santé" des forêts dépend, en grande partie, de la consommation de bois de la société.

   - Améliorer l'éducation vis à vis du matériau bois. Ce matériau a souvent une image un peu vieillotte et rustique. Pourtant, il est très moderne par ses possibilités d'utilisation en architecture.

   - Limiter et contrôler les importations de bois étrangers, notamment les bois exotiques "clandestins", et autres pâtes à papiers. Nous avons une quantité considérable de petits bois en France qui ne sont valorisables qu'en pâte à papier et trituration. Mais la demande est nettement inférieure à l'offre, ne permettant pas de les écouler.

   - Démocratiser le bois-énergie. Mettre en place des réseaux de chaleur dans bâtiments publics. Le bois est une alternative intéressante au pétrole. Il a au moins le mérite d'avoir un bilan carbone nul, contrairement aux énergies fossiles.


Toutes ces petites mesures ne coûtent pas forcément très cher, et seraient relativement faciles à mettre en place (sans doute plus que leur écopastille hypocrite et démago qui ne tient pas forcément compte des anciens véhicules trop polluant).

Maintenant, j'espère simplement qu'un jour la forêt aura aussi son heure de gloire. Tout le monde veut prendre soin de cet espace qui nous est vital, mais personne ne sait quels sont les bons gestes à faire.

La bonne conscience collective aimerait voir des bois sans machines, sans éclaircies, avec des hautes futaies à perte de vue. Mais n'oubliez pas ceci : la conscience collective nous a aussi conduits au fameux réchauffement climatique...

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