Texte Libre


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Mercredi 4 juillet 2007
David, dans son commentaire sur mon dernier article parlait d'émotions en forêt. Cela m'a fait penser à une autre approche ou définition de l'espace forestier.

Lorsque vous demandez à une personne d'évoquer la forêt en quelques mots, voici ce que cela peut donner: "espace naturel et sauvage"; "ressource économique et écologique"; "poumon de la Terre" ... Il y a pourtant une approche que l'on oublie trop souvent: celle des sens. Il s'agit d'une approche subtile et subjective, qui fait jouer nos émotions, que tout le monde peut ressentir (en fonction bien sûr de sa capacité à différencier les choses), mais à laquelle nous n'attachons jamais d'importance.



Quelle est concrètement cette approche?

Au delà d'être tout ce dont on a parlé plus haut, le milieu forestier est particulier du fait que d'une parcelle à l'autre, l'ambiance change énormément et elle est la première chose que nous percevons à notre arrivée dans un bois.  Il peut s'agir d'odeurs, de saveurs, de bruits, de lumières, d'un mélange d'humidité et de chaleur / fraicheur, de couleurs, ... Ces ensembles, qui vont donc varier d'un endroit à l'autre (parfois 50 mètres suffisent), peuvent se mélanger et créer des petits "univers" particuliers et parfois éphémères (un champignon qui ne sera présent qu'une journée peut créer une odeur). Après, la subjectivité du promeneur joue énormément dans la perception de toutes ces choses (allez vous plus chercher à remarquer des odeurs, des lumières?).


Et concrètement, comment le perçoit-on réellement?

Alors là, c'est un peu plus compliqué. Il est évident qu'une personne comme moi qui passe ses journées en forêts arrivera plus facilement à différencier tous les éléments, à les identifier même, alors qu'un promeneur occasionnel remarquera plus un ensemble de facteurs stimulant ses sens, que l'on pourrait appeler "bruit sensoriel".

Je vais donc essayer de vous décrire précisément les choses que j'arrive à identifier, et la manière dont je les perçois.


Je suis très sensible aux lumières: elles sont changeantes en fonction des saisons. Par exemple, en hiver, un peuplement feuillu sera très clair, alors qu'il paraîtra sombre en été.
Côté résineux, la lumière est assez "conviviale" en été, mais elle est aussi plus diffuse, effet provoqué par les pollens et autres poussières. En revanche, en hiver, la lumière est plus froide et claire.

Selon les essences, la lumière peut aussi varier: le hêtre me semble plus clair que le chêne. De même, au printemps, l'épicéa de Sitka donne une lueur bleuté à une forêt, relative à ses jeunes pousses. A l'automne, le Mélèze prend un aspect orangé, qui donne une lumière magnifique au mélézin.


Les odeurs. Elles sont très compliquées à décrypter car très mélangées et subjectives. Seuls les gens très habitués à la forêt arrivent réellement à différencier les essences entre elles à l'odeur.

Côté feuillu: le chêne et le hêtre ont des odeurs très tanniques (surtout le chêne), sèches. Cette odeur est douce, saine, mais en même temps assez forte. En revanche, le châtaignier possède une odeur très entêtante à mon goût. J'ai beaucoup de mal à la supporter: à l'époque de la floraison, son odeur est suave est forte. Elle est lourde et fort sucrée.

Côté résineux: tous ont des odeurs très spécifiques.
    -L'épicéa commun par exemple possède une odeur douce, assez discrète, sèche. Je trouve que c'est sans soute la plus agréable: on la perçoit sans en être dérangé, même après un long moment.
    -L'épicéa de Sitka, lui, a, au contraire, une odeur très forte, particulière. Elle est presque acide. Je ne la trouve pas désagréable, mais elle surprend au départ. La première fois, j'ai eu l'impression de respirer une sorte de produit chimique fort, à un tel point que j'ai cherché un bidon percé partout dans le bois.
    -Le sapin, d'une manière générale, qu'il s'agisse du pectiné ou du sapin de Vancouver, possède une odeur de citronnelle très forte. C'est la plus caractéristique. Souvent, les promeneurs l'associent aux résineux en général.
    -Les pins: l'odeur est très légère, et elle me paraît chaude (il est difficile de percevoir une odeur chaude, je le sais, mais je la ressens comme ça).Il y a un mélange de résine, de citronnelle, et d'autres saveurs.
    -Le Douglas: je trouve son odeur très sucrée, mais très subtile aussi. Je la trouve aussi chaude que la couleur de son bois, rouge. J'aime beaucoup cette odeur.


Aux odeurs des essences viennent bien souvent se mélanger d'autres saveurs: celles des mousses, de l'humidité, qui va relever plus ou moins les autres odeurs, selon son pourcentage dans l'air, mais il y a aussi l'odeur de la flore environnante, mais aussi de la faune parfois (l'odeur est subtile, mais néanmoins perceptible parfois).


Les bruits... On les entend parfois sans les remarquer. Une branche qui craque sous le pied, un animal qui bouge à votre droite, mais vous avez du mal à l'apercevoir, deux feuillus qui se frottent avec le vent et qui produisent un grincement un peu angoissant, le bruit du vent, qui peut varier encore une fois selon les essences. Tous ces bruits sont très souvent identifiables, mais nous ne faisons pas souvent attention à eux.


Le toucher: il s'agit là du sens le plus difficile à utiliser en forêt pour percevoir une ambiance... et pourtant! Chaque essence forestière possède une écorce propre que l'on peut reconnaître au toucher (des étudiants de l'Ecole Forestière de Meymac avaient d'ailleurs réalisé un très beau projet à ce sujet, permettant à des non voyant de reconnaître les arbres en fonction de leur bruit et du toucher de leur écorce). Le Douglas à une écorce très charnue, alors que celle de l'épicéa est écailleuse. Celle su sapin est lisse dans le jeune âge, et un poil plus charnue une fois vieux. Le chêne possède une écorce assez charnue, alors que le hêtre possède une peau plus lisse.


Malgré la possibilité de percevoir une ambiance en forêt grâce à ses sens, il reste des choses que l'on peut ressentir au fond de soi, mais qu'on n'arrive pas à expliquer, à nommer. Parfois, les sensations vont bien au delà des sens. Il y a une sorte d'ensemble, quelque chose.

Toutes ces ambiances ne laissent jamais indifférent un promeneur. Cela explique que certains raffolent des balades en forêts, que d'autres aiment, mais bien accompagnés, mais aussi que certains angoissent vraiment une fois la piste forestière la plus proche perdue de vue. J'ai ainsi vu un jeune conducteur d'engin forestier paniquer au bout d'une heure et changer de métier au bout d'une journée, ayant peur une fois seul dans le bois.

Et vous, arrivez vous à sentir toutes ces choses, gardez  vous des images de bois où vous vous êtes promenés et vous vous avez eu des sensations particulièrement fortes?
par Thibault publié dans : Tours et détours en forêt
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