Jeudi 14 juin 2007
On parle souvent de la forêt en temps que puits à carbone, poumon de la planète permettant le stockage en masse du CO2. Oui, c'est bien vrai, mais sous certaines conditions.Petite notion de sylviculture: en forêt, on considère selon certaines "règles", que, dans une futaie régulière, le volume à un âge donné est identique dans une parcelle qu'il soit éclairci ou non. Cela signifie que si une éclaircie est réalisée, elle n'a pas d'incidence sur le volume de production finale de la forêt.
La conséquence est que, en théorie, quelque soit la sylviculture menée, le volume de carbone stocké dans une forêt est la même. Oui, mais en théorie seulement. Et ça, les gens ne le savent pas forcément, d'où leur rejet pour la sylviculture moderne.
Nous allons simuler trois cas de figure différents pour une même parcelle dans le but de mieux comprendre:
- Cas n°1: la parcelle n'est jamais exploitée
C'est ce que beaucoup de gens aimeraient... hélas. Dans ce cas, on est bien d'accord que les arbres, en poussant, permettent de stocker une quantité de carbone "x". Seulement la croissance d'une forêt connaît des limites, et donc, par conséquent, plus le temps va passer, et moins la forêt va absorber de carbone, jusqu'au jour où le peuplement va dépérir de manière naturelle. Alors, la décomposition du bois va entraîner une restitution du CO2 stocké dans l'atmosphère... Le bilan de stockage sera donc nul.
Conséquence: une forêt totalement dépourvue de récolte, depuis sa naissance jusqu'à sa destruction naturelle ne remplit pas son rôle de puits à carbone...
- Cas n°2: la parcelle n'est jamais éclaircie, mais est rasée à maturité
Beaucoup de propriétaires réagissent de la sorte, ayant l'impression de détruire leur forêt lors d'éclaircies. Pour eux, une forêt se plante en une seule fois, et se récolte d'un seul coup. Dans ce cas, admettons que la forêt arrive à stocker la même quantité "x" de carbone. Seulement, comme il n'y a jamais eu de sylviculture, d'éclaircies, les bois sont très petits, étant donné la densité. Au moment de la récolte, les petits bois, qui sont en grande quantités dans ce cas, vont partir au papier, ou au bois énergie. Les bois un peu plus gros iront au petit sciage, type palette, c'est à dire des produits ayant une durée de vie post-transformation très courte. Et seuls les très beaux spécimens, rares, iront dans des valorisations dites intéressantes de charpente, et autres produits ayant une durée de vie très longue.
Conséquence: le bilan carbone est meilleur que précédemment, mais il n'est pas fabuleux: les petits produits ont une durée de vie très courte, finissant souvent par une incinération (inévitable pour le bois énergie...), les produits moyens finissent souvent de la même manière, ou en se décomposant un peu plus tard, seuls les gros produits, très rares jouent réellement un rôle dans le stockage du carbone... Au départ, nous avions un stockage "x", qui, finalement, est restitué en grande partie, faute de bonne valorisation.
- Cas n°3: la parcelle est gérée de manière exemplaire. Schéma avec éclaircies, et coupe rase.
Rappelons que le rôle des éclaircies est de laisser de l'espace vital aux plus belles tiges dans le but de les laisser grossir.
Dans ce cas, les éclaircies ont, pour les deux premières, des valorisations quasi-identiques à celles du cas n°2. Mais à partir de la troisième éclaircie, et les suivantes, les produits commencent à avoir une valorisation satisfaisante, ayant une durée de vie relativement longue. Arrivé à l'âge de la coupe rase, sur la durée de vie du peuplement, nous aurons toujours une quantité identique "x" de carbone stockée. Simplement, seules les premières éclaircies auront eu des valorisations similaires au cas n°2. Plus le temps et les travaux vont passer, plus la proportion de gros bois sera importante.
Conséquence: Le bilan de stockage du carbone est très bon. Lors de la coupe rase, il n'y aura que des gros bois à récolter, ayant tous des valorisations à longue durée de vie. Seules les cimes connaitront des valorisations à vie courte, mais elles représentent une quantité infime de bois sur une coupe.
Conclusion: Le stockage du carbone est identique, et ce, quel que soit le cas de figure. En revanche, sa restitution au milieu naturel se fera d'autant plus lentement que la forêt connaîtra un régime de gestion avec des éclaircies qui se succèdent avant une coupe rase.
Lorsque M. Jacques Attali affirme que la politique forestière française est très bien adaptée à la lutte contre les effets de serre, il a tout à fait raison, contrairement à ce que certains pensent...
par Thibault
publié dans :
Tours et détours en forêt
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