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Bonjour et bienvenue sur Sylvasphere. Je vous propose de découvrir sur ce blog la filière forestière sous tous les angles: métiers, explication de la gestion des forêts, pensées personnelles, blogs, ...

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Mercredi 22 août 2007
Les gestionnaires sont parfois étonnés lorsque nous, conducteurs d'engins, nous leur annonçons :"désolé, je ne peux pas continuer la coupe, il y a trop de dévers, je vais tout abimer". La réponse se fait alors entendre à l'autre bout du fil :"mais enfin, ce n'est pas normal, il y a déjà eu deux éclaircies de faites à la machine..." .

Tout d'abord il est important de savoir qu'il faut éviter au maximum les passages en dévers avec les engins d'exploitation, et ceux pour différentes raisons que vous pouvez aisément imaginer: stabilité; souplesse de travail; rapidité d'exécution et efficacité; sécurité et confort.


Voici donc quelques petites explications que j'ai trouvées aujourd'hui en rencontrant le problème et en y réfléchissant.

D'un point de vue technique, c'est tout à fait réalisable, en regroupant dans le bas du dévers tous les déchets de coupe, permettant ainsi de rétablir une assiette relativement stable. Cela étant dit, les déchets de coupes sont de moins en moins présents dans l'évolution d'une parcelle normalement gérée: lors de la première éclaircie, la densité à prélever est importante (1 ligne sur 5 et 1 tige sur 3 entre les passages), nous fournissant une quantité importante de branches et de cimes. Lors de la seconde, la densité est moindre, mais les branches à récupérer sont encore nombreuses. Ces deux première éclaircies sont donc réalisables très facilement de manière mécanisée.

En revanche, à partir de la troisième éclaircie, un élagage naturel a déjà eu lieu grâce à la densité des tiges, et le prélèvement en nombre de tiges est faible (contrairement au volume qui est important). Par déduction, nous avons peu de matière à récolter pour stocker sous les roues dans le but de rétablir le niveau du cloisonnement.


Et pour la sylviculture, y-a t'il une influence?
  
Oui, et elle est très sensible. J'ai toujours dit que la prise de décision pour la gestion d'une parcelle peut avoir des conséquences sur le très long terme, d'où la nécessité d'évaluer les conséquences de chaque intervention pour au moins 50 ans.

Dans le cas présent, il s'agit bien évidemment de conséquences sanitaires: le risque de blessures sur les tiges est à son maximum. D'une part, en glissant, on peut écorcer les pieds des arbres restants, mais d'autre part, nous glissons sur des racines, les blessant, et nous perdons de la maniabilité avec la grue, blessant ainsi les parties hautes de l'arbre.

Simplement, les acteurs pathogènes s'attaquent de manière systématique à des individus fragilisés, tels que les bois blessés. Les insectes vont donc rapidement s'attaquer à eux, pouvant entraîner rapidement leur mort. Le fomes, et autres pourridiés peuvent s'introduire très facilement (plus d'infos sur le fomes ici).


Petite idée personnelle

Le traitement contre le fomes coûte très cher, et son utilité n'est pas prouvée. D'ailleurs, il n'est utilisé que sur des coupes soumises à la gestion de l'ONF, pour des raisons de budget. Hier matin, j'expliquais à un ingénieur de l'Office que traiter ne servait pas forcément à grand chose, mais qu'il serait sans doute plus judicieux d'étudier les parcelles dans l'objectif de la mécanisation, évitant ainsi les blessures, et ralentissant donc la progression du fomes. Dans le cas présent, réaliser des cloisonnements dans le sens de la pente suffirait. On éviterait ainsi le surcoût lié au traitement.
Vendredi 17 août 2007
Nous sommes à une période un peu charnière en sylviculture: des investissements massifs en matériel de récoltes ont eu lieu ces dernières années, et dans le même temps, les problèmes sanitaires sont assez conséquents, obligeant les gestionnaires à effectuer des coupes rases conséquentes, réduisant ainsi les potentiels de coupes de l'avenir (sans parler pour autant de déforestation).

A mon avis, certains organismes de gestion n'ont pas du tout compris ce phénomène et risquent de se laisser surprendre par le manque de ressource à envisager: les gestionnaires essaient de plus en plus de rationaliser les coupes, de manière à pérénniser la ressource, permettant ainsi de palier à un creux éventuel dans la production de la ressource bois .En effet, la quantité de bois exploitable en France n'est pas linéaire dans le temps: selon les régions, certaines années, les quantités de bois mis en coupes seront plus importantes que d'autres, pour des raisons très aléatoires, comme les problèmes sanitaires, les âges de plantation, etc... Répartir les coupes de manière précise sans augmenter le parc de matériel d'exploitation permet ainsi de maintenir une surface constante (ou à peu près) d'une année sur l'autre pour un engin d'exploitation.


C'est pour cette raison que je pense que certains gestionnaires risquent d'avoir de graves problèmes d'ici quelques années: leurs surfaces à exploiter sont quasi identiques d'une année à l'autre, mais dans le but de répondre à une demande de matériau de plus en plus forte, ils augmentent le parc de matériel. Cela peut avoir plusieurs conséquences assez graves sur notre filière, au moins à une échelle locale:

    - Cela engendre une prise de risque mal évaluée par les entrepreneurs souhaitant investir pour répondre à cette demande des coopératives et autres organismes;
    - Un appauvrissement local et temporaire en ressource bois, risquant de réduire le potentiel des coupes pour un entrepreneur et pouvant engendrer une concurrence excessive entre les acteurs de l'exploitation (cela se produit déjà dans le Limousin par exemple, entraînant une chute des tarifs de l'exploitation);
    - Ce même appauvrissement risque d'être accentué en cas de problème sanitaire grave (attaque massive d'insectes, tempête, sécheresse estivale trop intense);
    - En cas de crise temporaire, énormément de monde risque de perdre une situation (emploi; revenus liés au commerce du bois, ...);
    - Un déséquilibre sylvicole lié à une nécessité de fournir du travail à des machines de production (éclaircies trop précoces, trop intensives, mal faites).


Que faire pour éviter ces risques potentiels?

Je crois qu'on pourrait trouver trois points d'ancrage à des solutions:

    - D'une part la législation: il serait toujours possible de créer une sorte de quota de mécanisation par secteur ou région forestière. Cela permettrait de rationaliser l'expansion de la mécanisation et donc de pérénniser la ressource;
    - D'autre part, les entrepreneurs eux, devraient "s'autolimiter" concernant leurs investissements, de manière à freiner les ardeurs des gestionnaires faisant la course au bois;
    - Enfin, une "auto modération" de la part des organismes de gestion serait aussi une excellente chose: certains l'appliquent déjà, mais quelques gros gestionnaires restent encore dans une position de récolte à grande vitesse.


A mon humble avis, le mieux serait tout de même de légiférer. Il est vrai que cela donnerait un peu de travail à nos élus (tant pis pour eux), et que ça ferait une loi supplémentaire, mais au moins, les règles seraient très claires.

Attention: ce message n'est pas là pour montrer du doigt un début de déforestation, mais plutôt pour dénoncer un manque de raison de la part de certains négociant, ne pensant pas assez aux problèmes pouvant survenir à court terme, et préférant mettre à disposition le plus rapidement possible toutes leurs ressources sans se soucier des personnes qui dépendent directement de leurs décisions.

Mercredi 8 août 2007
Vous trouverez ici une petite réflexion suite à une longue discussion avec le directeur de la Direction Départementale de l'Agriculture et de la Forêt du Tarn, le directeur du département forêt, ainsi que le technicien DDA qui est chargé de la gestion de mon chantier.


L'étape la plus importante, à mon sens, dans la vie d'une forêt résineuse, est la première éclaircie: de celle-ci va dépendre l'architecture de base d'une forêt pour ses futures exploitations (cloisonnements, sorties de parcelles, densités à prélever, ...).


Cette première éclaircie a pour but, en principe, d'ouvrir des cloisonnements (1/5 des lignes en principe), puis de prélever environ 30% des tiges restantes, notamment les malformés (fourchus, cassés) et les tiges qui sont directement en concurrence entre elles.

Voilà pour les principes de base. Seulement, il est très difficile de réaliser cette opération en tenant compte, en supplément, des paramètres suivants: production; commerce; sylviculture.


Le facteur commerce

Disons la vérité: un propriétaire vend d'abord son bois dans le but de payer un beau mariage à sa fille (selon l'expression exacte de mon ancien prof de sylviculture). Son objectif est donc de vendre son bois le mieux possible. Dans le cas d'une première éclaircie, ce n'est pas tellement important, tout du moins, directement. En revanche, la manière de la réaliser va influer sur la vente de la seconde éclaircie, dix ans plus tard: les gestionnaires aimeraient que nous coupions tous les arbres dominés, d'un diamètre non commercialisable, dans l'objectif de nettoyer la parcelle. Ainsi, lorsqu'un marchand de bois viendra visiter la seconde éclaircie à réaliser, les arbres lui paraîtront d'un diamètre moyen beaucoup important, et aura tendance à augmenter son offre au mètre cube (certains parlent d'une dizaine d'euros, donc, sur 2 000 m3...).


Le facteur sylviculture

D'un point de vue sylvicole, prélever ou laisser les arbres dominés à la première éclaircie n'a pas d'influence sur la croissance: la compétition se joue au niveau du haut de la tige. En revanche, il faudra absolument les prélever lors de la seconde éclaircie. Dans le cas échéant, ces tiges sécheront sur pied et seront donc perdues.

En revanche, garder ces dominés lors de la première éclaircie vas assurer une certaine stabilité au peuplement après l'exploitation: en cas de vents forts, ces tiges "tiennent" les dominants, et limitent leur casse.


Le facteur production

C'est vraiment celui qui me concerne directement. Ce facteur, paradoxalement, se rapproche très sensiblement de la sylviculture: une seconde éclaircie normale (en cas de prélèvement des dominés lors de la première éclaircie) n'est pas intéressante d'un point de vue de la production, car il y a peu de prélèvement à effectuer si l'on veut garder un certaine équilibre dans la densité. Je considère qu'il s'agit d'une opération "mal intégrée" entre la première éclaircie, où il y a beaucoup de bois à prélever étant donné qu'une ligne sur cinq est récoltée, et la troisième éclaircie, opération lors de laquelle on récolte des bois qui commencent à avoir un volume intéressant une machine.

Mon point de vue est donc le suivant: garder ces tiges dominées lors de la première éclaircie est une bonne chose. En 10 ans, elles ont eu le temps de grossir un peu, et deviennent commercialisables lors de la seconde éclaircie. Elles on donc joué un bon rôle entre les deux opérations, et permettent d'augmenter le volume à prélever lors de la seconde éclaircie, la rendant beaucoup plus intéressante.

Autre point, ces bois, qui auraient été coupé en première éclaircie n'auraient rien rapporté à son propriétaire, et auraient couté de l'argent à l'entrepreneur qui les a récolté, puisque non valorisés (il faut 25 secondes pour prélever un arbre non commercialisable, et on peut en faire plusieurs centaines dans une journée). Tandis qu'à la seconde, une valorisation existe pour ces petits bois, permettant à tous le monde de rentabiliser la coupe.


Alors quelle décision faut-il prendre? Avoir une approche commerciale, productive ou sylvicole?

A mon avis, l'approche productive et sylvicole me paraît la plus judicieuse: mettre en jeu la stabilité d'un peuplement; donc sa survie, peut couter très cher. Cela peut mener tout simplement à une mortalité rapide et généralisée d'une parcelle (il m'est déjà arrivé d'effectuer une coupe rase sanitaire de 4 hectares sur une parcelle au stade de la seconde éclaircie). La sylviculture est un point essentiel de la gestion d'une forêt. Travailler à son détriment reviendrait à réfléchir sur le très court terme.


Alors gestionnaires, pensez-y! Il est sans doute plus rentable de vendre ses bois 10 euros moins chers lors de la seconde éclaircie, plutôt que de devoir raser une parcelle à l'âge de 35 ans au lieu de 70 ...
Dimanche 29 avril 2007
Ces derniers jours, j'ai eu l'occasion de voir à plusieurs reprises des articles sur les biocarburants. Ceci est tout à fait normal, étant donné l'inquiétude - justifiée - quant à l'après pétrole... Cependant, je suis tombé, dans une même journée, sur deux articles évoquant les possibilités de l'utilisation du bois à des fins de production de biocarburant. Le premier billet lu provenait du Blog Energie. Le second était paru dans un quotidien régional, La Montagne, présentant un projet, en cours de réalisation, d'une "cité de l'agrocarburant" à Commentry (Allier).
Dans un cas comme dans l'autre, le matériau bois est mis en avant pour une éventuelle transformation en biocarburant. Ceci viserait à mieux valoriser la matière, selon le Blog Energie, qui maintient que la ressource est gâchée lorsqu'on peut voir des rémanents sur les coupes... A mon avis, ce n'est pas évident du tout: laisser les rémanents sur place permet un retour de matière au sol non négligeable. En priver le sol serait sans doute une grave erreur.

Pour en revenir à la cité de l'agrocarburant, il s'agirait d'un site de production d'énergie à grande échelle, qui desservirait des structures type industries, par exemple. Puis, à long terme, le bois serait gazéifié, puis liquéfié, pou constituer de l'agrocarburant de synthèse... Pourquoi pas ... Après tout, tous les moyens ont bons pour parvenir à produire de l'énergie dite propre. Cela étant, quelque chose me gêne un peu. Faire du biocarburant avec de la matière ligneuse, je trouve ça une bonne idée... Mais quand je pense à la quantité qu'il faudrait produire pour que cela devienne intéressant (financièrement j'entends. N'oublions pas que nous sommes humains quand même), alors là, je me demande où les transformateurs vont trouver la matière: je pense qu'il faut une quantité de bois relativement importante pour produire un litre de biocarburant. Toujours concernant l'approvisionnement, il me paraît totalement inconcevable d'utiliser des bois bruts, issus directement de l'exploitation (la perte est trop importante, autant utiliser ces produits à d'autres fins telles que le sciage ou la papèterie).

Alors que penser de ce type de projet ? Eh bien personnellement, j'ai deux points de vue assez distincts:

- Tout d'abord, je suis conscient du besoin que l'on a de trouver des solutions à l'après pétrole. Effectivement, produire une énergie à base de matériau tout à fait renouvelable, c'est une bonne idée. Continuons dans ce sens, et tout ira bien.

- Puis, avec du recul, je pense au rendement matière de cette fameuse production de carburant à base de bois. Il me paraît tout à fait utopique de produire des carburants en quantité intéressante avec le bois. Sans parler que d'un point de vue filière, cela risque de coincer : Produire avec des billons, vous allez vous mettre à dos les scieurs et papetiers; produire à l'aide de sciure, vous empiétez sur le bois énergie pour le chauffage; produire avec de la plaquette, les papetiers vont s'arracher les cheveux car vous piochez dans les réserves de matières peu chères...

Et vous, de quel oeil voyez vous ce type de projet, tout à fait intéressant, mais un peu utopique ?
Mardi 3 avril 2007
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais de plus en plus, nous voyons des offres dans nos magasins : "achetez cet objet, et vous permettrez à l'organisme X de replanter tant d'arbres en Amazonie ..." et bien d'autres encore toutes dans le même genre.

Dans un premier temps, je trouve que ce type d'initiative est tout à fait louable, justifié : en Amérique du Sud, en Asie, en Afrique, la déforestation continue. Ce genre d'initiative permet une infime contribution à ce fléau. Puis, avec du recul, je vois les gens s'alarmer sur le cas de notre pays, la France, en dénigrant la filière forestière, en luttant contre une pseudo-déforestation en France, mais en continuant d'acheter des meubles en Teck d'Afrique ou de Birmanie, ou encore je ne sais quel bois sans même regarder si celui-ci est estampillé d'un label (PEFC, FSC, ..).

Alors que penser de tout ceci ? Les acheteurs se laissent bercer par des discours et généralisent, alors que de l'autre côté, il y a des organisations qui cherchent à combattre de réels fléaux ... C'est assez compliqué. Il faudrait que les gens puissent faire la différence entre les autres pays et nous. Il y a un manque d'information total. A mon sens, ce type de campagne devrait être accompagné d'informations complémentaires simples, mais qui atteignent un maximum de monde. Cette carence des gens provoque un manque de nuances dans leur langage qui peut porter préjudice à toute une filière qui est nécessaire dans notre économie.

Alors comment informer la population à grande échelle ? Comment financer de telles campagnes d'information (tout cela aurait sans aucun doute un coût certain) ? Faut il obliger les association dirigeant ces campagnes de reboisement en utilisant la société de consommation à financer en partie des campagne pour mieux informer et mieux nuancer les problèmes ?


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