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Bonjour et bienvenue sur Sylvasphere. Je vous propose de découvrir sur ce blog la filière forestière sous tous les angles: métiers, explication de la gestion des forêts, pensées personnelles, blogs, ...

N'hésitez pas à commenter, poser vos questions, proposer vos débats, exposer vos critiques, ... et tant de choses encore! Sylvasphere est un blog qui se veut ouvert d'esprit!
Jeudi 30 août 2007
Depuis la naissance de Sylvasphere, je me suis trop beaucoup attaché à parler de la filière bois au sens professionnel du terme (dans l'objectif premier d'expliquer au grand public le fonctionnement d'un système). J'ai donc oublié, et je m'en excuse, la grande partie des propriétaires qui possèdent des parcelles d'une taille infime (parfois même moins d'un hectare), et qui ne peuvent, ou alors très difficilement, appliquer une gestion sylvicole avec objectif de production de bois. 

Ces propriétaires de petits bois ont souvent un rapport affectif à leur "domaine" : il était prétexte à une petite promenade dominicale dans leur jeunesse, symbole de moments particuliers et privilégiés avec telle ou telle personne, ... Et aujourd'hui, ces mêmes arbres continuent d'abriter d'autres moments de la vie des membres d'une famille.

Ce moment un peu poétique passé, je vais essayer de vous expliquer que même ce type de bois peut avoir une gestion propre, bien éloignée en réalité de la sylviculture parfois trop réglée des forêts dans lesquelles j'opère toute la journée.

L'objectif n'est donc plus de produire des bois de qualité, mais plutôt de mettre en valeur des arbres particuliers, chers à votre coeur, ou alors d'aménager votre espace comme vous l'imaginez. Je n'oserais pas utiliser le terme de jardin pour une forêt, qui, pour moi, est un terme très inapproprié dans ce domaine, mais votre "bout de nature" doit vous rendre heureux. Pour y parvenir, la démarche à suivre est très simple et basique: dégager les arbres remarquables, puis désigner d'autres jeunes semis qui plus tard prendront la relève des ancêtres de votre parcelle.

Dans tous les cas, il y a une conduite à oublier: celle de laisser faire la nature: n'appliquer aucune forme de sylviculture à un bois mène souvent à sa perte: les bois meurent, tombent, laissent la place à des broussailles, noisetiers, qui rendront le terrain impénétrable. Des éclaircies "opportunistes" peuvent donc avoir lieu, par vos soins, et vous permettront de vous constituer une jolie réserve de bois pour cet hiver très rigoureux qui arrive!
Lundi 9 juillet 2007
Suite à mes problèmes mécaniques du mois dernier, j'ai eu une longue réflexion sur le rôle des directeurs ou autres personnels haut placés dans les concessions de machines forestières. Je me suis demandé ce que j'essaierais de faire si, par bonheur, j'avais la chance d'arriver à ce poste (comme d'autres chauffeurs de machines d'abattage l'ont fait, comme Jean Marie Deat par exemple, aujourd'hui directeur d'une concession Ponsse).



Améliorer le degré de connaissances des opérateurs: j'ai eu l'occasion de participer il y a près d'un an à une formation pour les chauffeurs de machines d'abattages Ponsse, chez Ponsse, et j'ai trouvé ça très formateur et efficace. Je pense que ce type d'opérations devrait se généraliser chez tous les constructeurs, et devrait être automatique à partir du moment ou un opérateur arrive sur une machine neuve ou d'une marque qu'il n'a encore jamais piloté. Pour ma part, suite à cette formation, qui ne portait que sur le programme de l'informatique embarqué, m'a permis d'augmenter mes rendements de 20%.

Faire remonter plus de remarques de la part des opérateurs: paradoxalement, les personnes les mieux placées pour juger du degré d'efficacité d'une machine d'abattage ne sont pas les constructeurs, mais les chauffeurs eux-mêmes. Leur avis n'est pas assez souvent pris en compte à mon avis. Bien souvent, les marques se contentent de sortir de nouveaux modèles, mais ne cherchent pas à améliorer les gammes existantes pour améliorer leur solidité.

Essayer de prévoir au mieux les problèmes mécaniques sur les engins: on est capable de dire, à quelques dizaines d'heures près, que telle ou telle pièce d'usure risque de casser. A mon sens, il est très important de prendre en compte les stades d'usure pour prévoir des stocks de pièces d'une part, mais aussi pour informer les opérateurs, d'autre part, du risque de casse qui arrive. Cela permettrait sans aucun doute de minimiser les temps d'arrêt, qui sont trop fréquent à mon goût sur les machines d'abattage.

Essayer d'orienter les constructeurs vers des améliorations plus pratiques qu'esthétiques: on sait aujourd'hui que le design joue un rôle énorme dans le choix des engins, mais on oublie trop facilement le côté solide et pratique qu'il est absolument indispensable d'avoir si l'on veut arriver à obtenir des rendements corrects.


J'ai parlé ici de ces critères là car j'ai sincèrement l'impression qu'il s'agit des critères les moins pris en comptes par les constructeurs alors qu'ils vont déterminer l'image d'une marque. Je ne prétends bien sûr pas être en mesure de révolutionner le monde de l'exploitation mécanisée du bois, mais je pense que certaines choses pourraient être améliorées assez facilement.


Bien sûr, si vous estimez pouvoir compléter cette liste, n'hésitez surtout pas! Je remonterai l'information auprès des concessions!

Lundi 11 juin 2007
En France, il existe un peu plus de 10 millions d'hectares de forêts privées pour 3 495 000 propriétaires, ce qui nous donne une moyenne de 2,9 hectares par propriétaire. Ce chiffre ne vous dit peut être rien, mais pour un professionnel, il est dérisoire, d'autant plus lorsque l'on sait que dans certaines régions, nombreux sont les propriétaires à ne pas posséder plus d'un hectare.

La conséquence directe est la suivante: comment est-il possible d'appliquer une gestion efficace à de telles propriétés. Les travaux sylvicoles sont intéressant à partir du moment où la surface est assez grande pour rentabiliser les travaux.

Il existerait pourtant un moyen très efficace pour éviter ce problème: il s'agit de l'entente et du regroupement en vue des travaux sylvicoles. Quand j'évoque ce principe, j'exclue les Organismes de Gestion et d'Exploitation en Commun (coopératives par exemple), ainsi que toutes les formes de Groupements Forestiers, systèmes à statuts légaux dans lesquels les petits propriétaires privés n'ont pas forcément leur place.

A mon sens, ce système devrait être basé sur le principe suivant: un propriétaire souhaite réaliser des travaux dans ses parcelles, mais celles-ci ne sont pas d'une taille intéressante pour attirer un entrepreneur. Il lui faut donc trouver d'autres propriétaires sur le secteur susceptibles d'être intéressés eux mêmes par les services de l'entrepreneur. Il devrait exister deux moyens de créer une circulation de l'information: par un affichage en mairie, mais là, le problème se situe dans les plages d'ouvertures des mairies qui sont souvent restreintes, et autant dire que peu de monde va à la mairie pour se tenir au courant des affichages officiels. Le second moyen devrait succéder à un affichage officiel par la communication via un courrier aux propriétaires de la commune. Sans doute pourrait-on trouver d'autres solutions...


Pourquoi cela ne se fait pas en France

Nous sommes dans un pays où la confiance n'est pas de mise. Les gens ont beaucoup de mal à se regrouper par peur d'une tromperie de la part de leur voisin, ou par peur d'un vol en faveur des entrepreneurs. Pourtant, tout le monde y trouverait son compte: les propriétaires auraient des bois bien mieux mis en valeur et les entrepreneurs ne se déplaceraient pas, parfois, pour une demi-journée de travail (comme cela m'arrive parfois).

Sans doute arriverons nous à mettre en place un jour ce type d'entente dans notre pays, mais il faudra beaucoup de temps...
Samedi 9 juin 2007
J'ai réalisé un petit investissement aujourd'hui, pour Sylvasphere... et pour moi!

Je me suis acheté un appareil photo numérique Reflex Nikon de bonne qualité en espérant pouvoir vous fournir des photos de plus belle qualité, avec un rendu couleur plus réaliste, des impressions de profondeur plus nettes, ...

Je garde quand même mon ancien appareil, un Sony qui a maintenant 4 ans et demi pour prendre quelques clichés "sur le moment" pendant mon travail, si je vois des choses intéressantes.

Bonne soirée!
Vendredi 8 juin 2007
Ces derniers jours m'ont été très instructifs. J'ai eu l'occasion de réfléchir de manière assez profonde sur trois choses: la politique forestière de la France, le savoir-faire des professionnels du bois et le regard porté sur la forêt et le bois par la population en général...


La politique forestière de la France

Cette politique est, à mon humble avis, légèrement en décalage avec la réalité du terrain. Les institutions veulent, d'un côté, favoriser les plantations forestières par des subventions aux propriétaires, et, d'u autre côté, laissent la possibilité aux agriculteurs, entre autre, de raser des petites parcelles pour les transformer en parcelles agricoles. Ce sont deux choses incompatibles, qui risquent de modifier très rapidement le paysage forestier français: certaines régions qui possédaient de la ressource forestière vont voir les prairies s'agrandir dans l'optique de l'obtention d'une prime à l'herbe...

De même, nous sommes impliqués aujourd'hui dans des démarches incontournables de labellisation du bois et des entreprises de gestion, d'exploitation et de transformation, alors que le consommateur, lui, ne peut pas vérifier de manière claire et directe la traçabilité du produit bois qu'il achète. Ca signifie donc qu'aujourd'hui, la filière investit dans un moyen de communication qui ne peut être efficace du fait de sa non-continuité au niveau de la distribution du produit fini. Heureusement, quelques marques de distribution d'objets contenant du bois se sont engagées dans cette traçabilité, mais ce n'est pas une règle générale.

L'Etat cherche aussi, depuis 2001, à mettre en place des plans de gestion pour les propriétés de plus de 25 ha (c'est dans la loi forestière de 2001), et bientôt pour celles de plus de 10 ha, alors que les propriétaires, pour la plupart ignorent cette loi, et certains ignorent même être propriétaires...


Le savoir-faire des professionnels du bois

Nous avons la chance d'avoir une filière qui possède d'énormes connaissances en matière de sylviculture, de transformation, de protection des espaces naturels par la forêt,...  En 1999, nous avons subi deux tempêtes à deux jours d'intervalle mettant à terre l'équivalent de plusieurs mois de récolte, voire de plusieurs années, nous permettant de tirer des leçons des erreurs du passé en matière de gestion notamment. Certains organismes ont su analyser les problèmes liés à la gestion, notamment concernant les types de sylviculture, et d'autres continuent à faire les mêmes erreurs, pensant être plus rentables en continuant dans la même lignée plutôt qu'en investissant dans des programmes d'étude permettant de chercher les solutions de culture les moins risquées.

De ce fait, certains organismes de gestions comme les coopératives travaillent de plus en plus dans une logique de production et de bénéfices, alors qu'il faudrait revenir à une logique plus forestière, c'est à dire avec des sylvicultures plus classiques, avec des éclaircies plus douces, des âges d'exploitation plus élevés par exemple, en sachant qu'on pourrait garder les mêmes modes d'exploitation qu'aujourd'hui (refuser une avancée technologique serait une grave erreur).

Ces modes d'exploitation, qui sont de plus en plus techniques et évolués, demandent une main d'oeuvre de plus en plus qualifiée, difficile à trouver... Les formations sont pour la plupart complètement inadaptée au milieu professionnel, et l'apprentissage sur le terrain est presque impossible.


Le regard de la population sur la forêt et le bois

La population est de plus en plus sensibilisée à l'environnement, au développement durable, à l'écologie, aux problèmes liés à la déforestation dans les pays africains, sud-américains et asiatiques. De ces informations fournies, la plupart du temps, en vrac au commun des mortels, ne ressort qu'un mauvais mélange menant la vie dure à notre filière qui n'arrive pas à trouver les bons mots pour communiquer efficacement... De fait, le grand public considère la filière bois française comme une sorte de mafia anti-écologique...


Ces trois blocs devraient pourtant mieux communiquer, trouver une sorte de terrain d'entente. Mais comment faire? Comment mettre en relation des politiques souhaitant bien faire mais ne connaissant pas les réalités du terrain, trouver des méthodes de sylviculture à la fois en accord avec l'optique de production d'une filière et avec un grand public souvent réticent concernant l'exploitation forestière? Comment arriver à convaincre les professionnels du bois de mieux communiquer sur leur travail alors que nombreux sont ceux préférant agir dans leur coin et tourner le dos aux question un peu compliquées et pourtant demandant des réponses nécessaires pour se faire apprécier de la population? Comment arriver à convaincre des distributeurs de produits bois de mieux communiquer sur leur politique en matière de traçabilité alors que ceux-ci préfèrent noyer le poisson dans des réponses plutôt floues car ayant peur d'avoir des réponses ne plaisant pas à leurs clients? Et tant d'autres questions encore que j'aimerais poser ...

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