Bienvenue

Bonjour et bienvenue sur Sylvasphere. Je vous propose de découvrir sur ce blog la filière forestière sous tous les angles: métiers, explication de la gestion des forêts, pensées personnelles, blogs, ...
N'hésitez pas à commenter, poser vos questions, proposer vos débats, exposer vos critiques, ... et tant de choses encore! Sylvasphere est un blog qui se veut ouvert d'esprit!
Les gestionnaires sont parfois étonnés lorsque nous, conducteurs d'engins, nous leur annonçons :"désolé, je ne peux pas continuer la coupe, il y a trop de dévers, je vais tout abimer". La réponse se fait alors entendre à l'autre bout du fil :"mais enfin, ce n'est pas normal, il y a déjà eu deux éclaircies de faites à la machine..." .Tout d'abord il est important de savoir qu'il faut éviter au maximum les passages en dévers avec les engins d'exploitation, et ceux pour différentes raisons que vous pouvez aisément imaginer: stabilité; souplesse de travail; rapidité d'exécution et efficacité; sécurité et confort.
Voici donc quelques petites explications que j'ai trouvées aujourd'hui en rencontrant le problème et en y réfléchissant.
D'un point de vue technique, c'est tout à fait réalisable, en regroupant dans le bas du dévers tous les déchets de coupe, permettant ainsi de rétablir une assiette relativement stable. Cela étant dit, les déchets de coupes sont de moins en moins présents dans l'évolution d'une parcelle normalement gérée: lors de la première éclaircie, la densité à prélever est importante (1 ligne sur 5 et 1 tige sur 3 entre les passages), nous fournissant une quantité importante de branches et de cimes. Lors de la seconde, la densité est moindre, mais les branches à récupérer sont encore nombreuses. Ces deux première éclaircies sont donc réalisables très facilement de manière mécanisée.
En revanche, à partir de la troisième éclaircie, un élagage naturel a déjà eu lieu grâce à la densité des tiges, et le prélèvement en nombre de tiges est faible (contrairement au volume qui est important). Par déduction, nous avons peu de matière à récolter pour stocker sous les roues dans le but de rétablir le niveau du cloisonnement.
Et pour la sylviculture, y-a t'il une influence?
Oui, et elle est très sensible. J'ai toujours dit que la prise de décision pour la gestion d'une parcelle peut avoir des conséquences sur le très long terme, d'où la nécessité d'évaluer les conséquences de chaque intervention pour au moins 50 ans.
Dans le cas présent, il s'agit bien évidemment de conséquences sanitaires: le risque de blessures sur les tiges est à son maximum. D'une part, en glissant, on peut écorcer les pieds des arbres restants, mais d'autre part, nous glissons sur des racines, les blessant, et nous perdons de la maniabilité avec la grue, blessant ainsi les parties hautes de l'arbre.
Simplement, les acteurs pathogènes s'attaquent de manière systématique à des individus fragilisés, tels que les bois blessés. Les insectes vont donc rapidement s'attaquer à eux, pouvant entraîner rapidement leur mort. Le fomes, et autres pourridiés peuvent s'introduire très facilement (plus d'infos sur le fomes ici).
Petite idée personnelle
Le traitement contre le fomes coûte très cher, et son utilité n'est pas prouvée. D'ailleurs, il n'est utilisé que sur des coupes soumises à la gestion de l'ONF, pour des raisons de budget. Hier matin, j'expliquais à un ingénieur de l'Office que traiter ne servait pas forcément à grand chose, mais qu'il serait sans doute plus judicieux d'étudier les parcelles dans l'objectif de la mécanisation, évitant ainsi les blessures, et ralentissant donc la progression du fomes. Dans le cas présent, réaliser des cloisonnements dans le sens de la pente suffirait. On éviterait ainsi le surcoût lié au traitement.
par Thibault
publié dans :
A mon avis...
Nous sommes à une période un peu charnière en sylviculture: des investissements massifs en matériel de récoltes ont eu lieu ces dernières années, et dans le même temps, les problèmes sanitaires sont assez conséquents, obligeant les gestionnaires à effectuer des coupes rases conséquentes, réduisant ainsi les potentiels de coupes de l'avenir (sans parler pour autant de déforestation).A mon avis, certains organismes de gestion n'ont pas du tout compris ce phénomène et risquent de se laisser surprendre par le manque de ressource à envisager: les gestionnaires essaient de plus en plus de rationaliser les coupes, de manière à pérénniser la ressource, permettant ainsi de palier à un creux éventuel dans la production de la ressource bois .En effet, la quantité de bois exploitable en France n'est pas linéaire dans le temps: selon les régions, certaines années, les quantités de bois mis en coupes seront plus importantes que d'autres, pour des raisons très aléatoires, comme les problèmes sanitaires, les âges de plantation, etc... Répartir les coupes de manière précise sans augmenter le parc de matériel d'exploitation permet ainsi de maintenir une surface constante (ou à peu près) d'une année sur l'autre pour un engin d'exploitation.
C'est pour cette raison que je pense que certains gestionnaires risquent d'avoir de graves problèmes d'ici quelques années: leurs surfaces à exploiter sont quasi identiques d'une année à l'autre, mais dans le but de répondre à une demande de matériau de plus en plus forte, ils augmentent le parc de matériel. Cela peut avoir plusieurs conséquences assez graves sur notre filière, au moins à une échelle locale:
- Cela engendre une prise de risque mal évaluée par les entrepreneurs souhaitant investir pour répondre à cette demande des coopératives et autres organismes;
- Un appauvrissement local et temporaire en ressource bois, risquant de réduire le potentiel des coupes pour un entrepreneur et pouvant engendrer une concurrence excessive entre les acteurs de l'exploitation (cela se produit déjà dans le Limousin par exemple, entraînant une chute des tarifs de l'exploitation);
- Ce même appauvrissement risque d'être accentué en cas de problème sanitaire grave (attaque massive d'insectes, tempête, sécheresse estivale trop intense);
- En cas de crise temporaire, énormément de monde risque de perdre une situation (emploi; revenus liés au commerce du bois, ...);
- Un déséquilibre sylvicole lié à une nécessité de fournir du travail à des machines de production (éclaircies trop précoces, trop intensives, mal faites).
Que faire pour éviter ces risques potentiels?
Je crois qu'on pourrait trouver trois points d'ancrage à des solutions:
- D'une part la législation: il serait toujours possible de créer une sorte de quota de mécanisation par secteur ou région forestière. Cela permettrait de rationaliser l'expansion de la mécanisation et donc de pérénniser la ressource;
- D'autre part, les entrepreneurs eux, devraient "s'autolimiter" concernant leurs investissements, de manière à freiner les ardeurs des gestionnaires faisant la course au bois;
- Enfin, une "auto modération" de la part des organismes de gestion serait aussi une excellente chose: certains l'appliquent déjà, mais quelques gros gestionnaires restent encore dans une position de récolte à grande vitesse.
A mon humble avis, le mieux serait tout de même de légiférer. Il est vrai que cela donnerait un peu de travail à nos élus (tant pis pour eux), et que ça ferait une loi supplémentaire, mais au moins, les règles seraient très claires.
Attention: ce message n'est pas là pour montrer du doigt un début de déforestation, mais plutôt pour dénoncer un manque de raison de la part de certains négociant, ne pensant pas assez aux problèmes pouvant survenir à court terme, et préférant mettre à disposition le plus rapidement possible toutes leurs ressources sans se soucier des personnes qui dépendent directement de leurs décisions.
par Thibault
publié dans :
A mon avis...
Ponsse était déjà connu pour ses matériels d'exploitation forestière, mais dorénavant, vous pourrez entendre parler de la société Ponsse lorsque vous regarderez certains événements sportifs de haut niveau: rallyes automobiles, athlétisme...
En effet, la marque aux lettres noires sur fond jaune a décidé de sponsoriser certains grands champions, tels que le chauffeur Ford Focus Mikko Hirvonen. C'est une chose relativement étonnante de la part de la firme, car en réalité, elle commercialise des outils très spécialisés, peu connus du grand public.
Alors quel est leur intérêt à sponsoriser de tels événements? Mieux communiquer sur leur marque, sur l'exploitation forestière? Faire découvrir un milieu encore peu connu d'un large public? Tout simplement l'amour du sport? Donner une image plus verte de la marque? Très franchement, j'ai du mal à saisir leur objectif, mais si vous avez une idée, je suis preneur!
En attendant, je vous propose cette petite vidéo sur leur partenariat et leur volonté d'engagement...
En effet, la marque aux lettres noires sur fond jaune a décidé de sponsoriser certains grands champions, tels que le chauffeur Ford Focus Mikko Hirvonen. C'est une chose relativement étonnante de la part de la firme, car en réalité, elle commercialise des outils très spécialisés, peu connus du grand public.
Alors quel est leur intérêt à sponsoriser de tels événements? Mieux communiquer sur leur marque, sur l'exploitation forestière? Faire découvrir un milieu encore peu connu d'un large public? Tout simplement l'amour du sport? Donner une image plus verte de la marque? Très franchement, j'ai du mal à saisir leur objectif, mais si vous avez une idée, je suis preneur!
En attendant, je vous propose cette petite vidéo sur leur partenariat et leur volonté d'engagement...
par Thibault
publié dans :
Communication
J'ai enfin trouvé une marque qui sait communiquer sur le matériau bois. En effet, en feuilletant le catalogue de mobilier pour enfant de Pic Epeiche, je suis tombé sur une campagne de communication sur le bois bien connue sur ce blog puisqu'il s'agit de la campagne "Le Bois, c'est Essentiel!".
Voici ce que j'ai pu lire en dernière page du catalogue:


Mais ma surprise ne s'est pas arrêtée là! J'ai donc décidé de me rendre sur le site Internet de la marque, pour y trouver éventuellement plus de détails sur leur engagement écologique made in bois.
J'ai pu trouver trois types d'informations intéressantes:
Pic-Epeiche utilise essentiellement du bois de Sapin, et on peut retrouver sur leur site un petit descriptif assez sympathique de cette essence (ici), mais qui permet déjà au consommateur de mieux connaître les meubles qu'il va acheter plus tard.
Pic-Epeiche est très engagé visiblement dans la gestion durable du bois. On peut d'ailleurs retrouver sur le site le slogan un "arbre coupé = un arbre planté", et d'autres explications assez courtes sur la démarche de traçabilité de la marque (c'est ici).
Dernier point, le site propose une rubrique de découverte de plantes et arbres. Celle-ci est intitulée Pic-Epeiche et la Nature.
Je suis donc très satisfait de cet engagement de la part de Pic Epeiche, et je trouve un peu dommage qu'il n'y ait qu'eux pour s'engager dans de telles démarches, qui, à mon sens, devraient déjà êtres généralisées chez les distributeurs de mobilier, pour enfant ou non!
Voici ce que j'ai pu lire en dernière page du catalogue:


Mais ma surprise ne s'est pas arrêtée là! J'ai donc décidé de me rendre sur le site Internet de la marque, pour y trouver éventuellement plus de détails sur leur engagement écologique made in bois.
J'ai pu trouver trois types d'informations intéressantes:
Pic-Epeiche utilise essentiellement du bois de Sapin, et on peut retrouver sur leur site un petit descriptif assez sympathique de cette essence (ici), mais qui permet déjà au consommateur de mieux connaître les meubles qu'il va acheter plus tard.
Pic-Epeiche est très engagé visiblement dans la gestion durable du bois. On peut d'ailleurs retrouver sur le site le slogan un "arbre coupé = un arbre planté", et d'autres explications assez courtes sur la démarche de traçabilité de la marque (c'est ici).
Dernier point, le site propose une rubrique de découverte de plantes et arbres. Celle-ci est intitulée Pic-Epeiche et la Nature.
Je suis donc très satisfait de cet engagement de la part de Pic Epeiche, et je trouve un peu dommage qu'il n'y ait qu'eux pour s'engager dans de telles démarches, qui, à mon sens, devraient déjà êtres généralisées chez les distributeurs de mobilier, pour enfant ou non!
par Thibault
publié dans :
Communication
Vous trouverez ici une petite réflexion suite à une longue discussion avec le directeur de la Direction Départementale de l'Agriculture et de la Forêt du Tarn, le directeur du département forêt, ainsi que le technicien DDA qui est chargé de la gestion de mon chantier.L'étape la plus importante, à mon sens, dans la vie d'une forêt résineuse, est la première éclaircie: de celle-ci va dépendre l'architecture de base d'une forêt pour ses futures exploitations (cloisonnements, sorties de parcelles, densités à prélever, ...).
Cette première éclaircie a pour but, en principe, d'ouvrir des cloisonnements (1/5 des lignes en principe), puis de prélever environ 30% des tiges restantes, notamment les malformés (fourchus, cassés) et les tiges qui sont directement en concurrence entre elles.
Voilà pour les principes de base. Seulement, il est très difficile de réaliser cette opération en tenant compte, en supplément, des paramètres suivants: production; commerce; sylviculture.
Le facteur commerce
Disons la vérité: un propriétaire vend d'abord son bois dans le but de payer un beau mariage à sa fille (selon l'expression exacte de mon ancien prof de sylviculture). Son objectif est donc de vendre son bois le mieux possible. Dans le cas d'une première éclaircie, ce n'est pas tellement important, tout du moins, directement. En revanche, la manière de la réaliser va influer sur la vente de la seconde éclaircie, dix ans plus tard: les gestionnaires aimeraient que nous coupions tous les arbres dominés, d'un diamètre non commercialisable, dans l'objectif de nettoyer la parcelle. Ainsi, lorsqu'un marchand de bois viendra visiter la seconde éclaircie à réaliser, les arbres lui paraîtront d'un diamètre moyen beaucoup important, et aura tendance à augmenter son offre au mètre cube (certains parlent d'une dizaine d'euros, donc, sur 2 000 m3...).
Le facteur sylviculture
D'un point de vue sylvicole, prélever ou laisser les arbres dominés à la première éclaircie n'a pas d'influence sur la croissance: la compétition se joue au niveau du haut de la tige. En revanche, il faudra absolument les prélever lors de la seconde éclaircie. Dans le cas échéant, ces tiges sécheront sur pied et seront donc perdues.
En revanche, garder ces dominés lors de la première éclaircie vas assurer une certaine stabilité au peuplement après l'exploitation: en cas de vents forts, ces tiges "tiennent" les dominants, et limitent leur casse.
Le facteur production
C'est vraiment celui qui me concerne directement. Ce facteur, paradoxalement, se rapproche très sensiblement de la sylviculture: une seconde éclaircie normale (en cas de prélèvement des dominés lors de la première éclaircie) n'est pas intéressante d'un point de vue de la production, car il y a peu de prélèvement à effectuer si l'on veut garder un certaine équilibre dans la densité. Je considère qu'il s'agit d'une opération "mal intégrée" entre la première éclaircie, où il y a beaucoup de bois à prélever étant donné qu'une ligne sur cinq est récoltée, et la troisième éclaircie, opération lors de laquelle on récolte des bois qui commencent à avoir un volume intéressant une machine.
Mon point de vue est donc le suivant: garder ces tiges dominées lors de la première éclaircie est une bonne chose. En 10 ans, elles ont eu le temps de grossir un peu, et deviennent commercialisables lors de la seconde éclaircie. Elles on donc joué un bon rôle entre les deux opérations, et permettent d'augmenter le volume à prélever lors de la seconde éclaircie, la rendant beaucoup plus intéressante.
Autre point, ces bois, qui auraient été coupé en première éclaircie n'auraient rien rapporté à son propriétaire, et auraient couté de l'argent à l'entrepreneur qui les a récolté, puisque non valorisés (il faut 25 secondes pour prélever un arbre non commercialisable, et on peut en faire plusieurs centaines dans une journée). Tandis qu'à la seconde, une valorisation existe pour ces petits bois, permettant à tous le monde de rentabiliser la coupe.
Alors quelle décision faut-il prendre? Avoir une approche commerciale, productive ou sylvicole?
A mon avis, l'approche productive et sylvicole me paraît la plus judicieuse: mettre en jeu la stabilité d'un peuplement; donc sa survie, peut couter très cher. Cela peut mener tout simplement à une mortalité rapide et généralisée d'une parcelle (il m'est déjà arrivé d'effectuer une coupe rase sanitaire de 4 hectares sur une parcelle au stade de la seconde éclaircie). La sylviculture est un point essentiel de la gestion d'une forêt. Travailler à son détriment reviendrait à réfléchir sur le très court terme.
Alors gestionnaires, pensez-y! Il est sans doute plus rentable de vendre ses bois 10 euros moins chers lors de la seconde éclaircie, plutôt que de devoir raser une parcelle à l'âge de 35 ans au lieu de 70 ...
par Thibault
publié dans :
A mon avis...








