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Bonjour et bienvenue sur Sylvasphere. Je vous propose de découvrir sur ce blog la filière forestière sous tous les angles: métiers, explication de la gestion des forêts, pensées personnelles, blogs, ...

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Mercredi 28 novembre 2007

Douglas.JPGJusque là, Sylvasphere avait essentiellement traité la question "écologique" de la coupe d'un arbre : n'accentuons nous pas le phénomène de déforestation en exploitant les forêts, ne contribuons nous pas au réchauffement climatique ? Bref, des questions pouvant vous paraître inopportunes font pourtant parler beaucoup de monde.

Mais aujourd'hui, je souhaite parler d'un autre aspect de l'abattage de bois: sa valeur. La notion de valeur en forêt est quelque chose de très subjectif. Notre statut, notre attachement, son histoire, sa situation, et bien d'autres facteurs vont permettre à chacun d'attribuer une valeur à un bois, qu'elle soit sentimentale ou financière. Lorsqu'une tempête touche un pays entier comme en 1999, les propriétaires perçoivent une perte financière énorme alors que la population, dans son ensemble, s'émeut de ce qui vient d'arriver, et souhaite ne plus jamais revivre cet instant. Voilà où se situe la différence entre la valeur financière d'une forêt et sa valeur sentimentale aux yeux de chacun.

Valeur financière

C'est sans aucun doute la plus facile à attribuer. On se base sur des éléments précis, tels que la qualité du bois, son essence, la demande, ses dimensions, etc. Bien que chaque personne puisse percevoir différemment ces différents éléments, au final, la logique d'une approche financière reste la même.

La valeur d'un bois, d'une parcelle, peut être estimée à plusieurs occasions: ventes de bois, expertise suite à un litige, suite à une catastrophe naturelle (tempête par exemple), vente en temps que bien immobilier. Dans tous les cas, la juste valeur ne peut être estimée que par une personne de l'art. Il est très difficile, voire impossible pour le commun des mortels d'évaluer la valeur financière d'une forêt.


Valeur sentimentale

Dans la plupart des cas, cette valeur concerne les arbres d'agrément, ou alors les sites remarquables. Rarement une parcelle dite "classique" a une valeur sentimentale particulière pour un propriétaire ou la population.
Son estimation est, à mon sens, une chose extrêmement compliquée, et ce, pour pas mal de raisons. Avant tout, la subjectivité dans un tel cas est prépondérante. Monsieur X ne verra pas un arbre avec le même oeil que Monsieur Y, c'est évident. De plus, un ressenti ne peut pas correspondre à un chiffre. Il ne s'agit pas d'une science exacte et mathématique. Enfin, la valeur sentimentale évolue au cours du temps: un site sans valeur, peut, pour tout un tas de raisons, devenir un lieu éminemment important pour moi, et ce du jour au lendemain.

Pourquoi attacher autant d'importance à la valeur sentimentale envers un bout de bois?

Dans certains cas, une évaluation de leur valeur sentimentale est indispensable pour déterminer, au mieux, leur valeur financière. Lors d'incendies, de guerres, de blessures, de dépérissements, de litiges, de mort liée à une pollution, et tant d'autres exemples encore, une estimation est nécessaire.

Il existe un certain nombre de méthodes très officielles et reconnues par la loi, mais elles sont très compliquées à mettre en oeuvre. Anne Bary Langer et Jean Paul Nebout ont d'ailleurs, dans leur ouvrage Evaluation financière des arbres d'agrément et de production, traité cet aspect de la chose. Le développer ici risquerait de vous assoupir devant votre écran.


En forêt, hélas, seule la valeur marchande est abordée (sauf cas exceptionnel). Pourtant, dans certains cas, prendre en considération la valeur sentimentale commune d'un lieu forestier et la mettre en valeur pourrait sans doute aider à mieux faire accepter certaines actions par le grand public (travaux d'aménagement, exploitation, ...).

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par Thibault publié dans : A méditer ...
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Lundi 19 novembre 2007
Les machines actuelles nous offrent de plus en plus de possibilités en matière de conditions d'exploitation. Nous sommes donc de plus en plus amenés à travailler sur des terrains instables, pierreux, pentus. Il est donc indispensable pour un chauffeur de faire des choix quant à l'équipement de sa machine pour progresser le mieux possible dans son chantier, sans, pour autant, détériorer la qualité des sols.

Roues nues, chaînées, ou encore tracksées, voici les différentes possibilités qui s'offrent aux pilotes de machines.

Cet article n'a donc pas pour objectif de développer une thèse sur les conséquences pédologiques de l'utilisation de matériel lourds sur les sols forestiers, mais plutôt d'essayer de comprendre dans quels cas faut-il opter pour l'un ou l'autre de ces matériels.


Les roues nues

Un chantier, même pentu, ne nécessite pas forcément l'utilisation de chaînes ou tracks. A partir du moment où le terrain reste relativement régulier, stable, et où les voies de circulation permettent d'avoir un cheminement continu limitant ainsi les manoeuvres, la machine peut théoriquement travailler roues nues.


Les roues chaînées

Les chaînes sont avant tout un outil de franchissement. Autrement dit,
Fen--tre-du-Loup-148.jpgelles permettent d'améliorer l'adhérence de la machine, et de limiter ainsi l'impact de la machine sur le sol forestier. Ce matériel est le plus souvent indiqué dans des cas où le terrain est pierreux, meuble et profond, gras mais stable, et même dans la neige.

Sur un sol meuble ou gras, ce type d'équipement le brise en limitant le tassement. On peut alors observer un aspect de petites mottes de terre après le passage de l'engin. Malgré tout, un passage répété sur les mêmes traces creuse le sol de manière sensible.

Les chaînes ont souvent, à mon avis, un effet positif sur le travail en dévers. Tout en améliorant la stabilité de la machine, elles permettent aussi d'éviter les dérapages vers le bas de la pente, évitant ainsi à l'opérateur d'effectuer de nombreuses manoeuvres pour retrouver des trajectoires correctes.


Les roues tracksées

DSC-0094.JPGLeur rôle est souvent mal évalué. Nombreux sont les chauffeurs qui les utilisent dans une optique d'amélioration de la capacité de franchissement, et pourtant, leur utilisation peut présenter beaucoup d'autres avantages. Evidemment, leur présence permet d'avoir une adhérence nettement accrue, mais leur impact au sol étant beaucoup plus important que celui des chaînes, je pense que leur utilisation doit être limitée à d'autres contextes.
Leur qualité première, selon moi, est d'améliorer le comportement de la machine sur des sols instables, où un engin a plutôt tendance à s'enfoncer. Leur architecture est telle que la track agit comme une plaque sur la boue. Prenons l'image d'une main et d'un massif d'argile gorgée d'eau : sur ce massif, enfoncez votre index. L'empreinte est nette, profonde, et la résistance est limitée. Sur le même massif, tentez d'enfoncer votre paume de main. La résistance est alors augmentée, et la main aura un impact très limité sur le massif. Le principe de la track sur un sol avec une faible portance est identique.

En revanche, l'utilisation de ce type d'outil sur des sols durs et pierreux aura un effet quasiment nul sur l'amélioration du comportement de la machine : les boggies tracksés auront tendance à "sauter" sur place, provocant des secousses inconfortables, et freinant la progression du travail.

Sur sol neigeux, les tracks sont, à mon sens, une fausse aide. Le risque de compactage est important, et augmente les chances de partir en luge sur des terrains pentus.

Dans tous les cas, l'utilisation des tracks provoque un effet de tassement beaucoup plus important sur le sol que des roues nues ou des chaînes. Leur utilisation doit donc être très limitée.


Quelques détails supplémentaires sur les chaînes et tracks


Leur utilisation est absolument à exclure sur des terrains où des plaques rocheuses affleurent: la roche lisse ne permet pas au métal d'adhérer.

D'autre part, l'utilisation de matériel n'est pas sans conséquences sur un engin. Les chocs et secousses étant amplifiés et non amortis à cause du métal (matériau peu élastique), la mécanique en subit parfois les conséquences: usure des ponts, des pneumatiques, contraintes appliquées au châssis, etc.

L'utilisation de matériel métallique est strictement interdit sur les routes goudronnées (les dégâts occasionnés sont importants).

Il est préférable d'éviter de charger une machine chaussée de métal sur un porte-char : l'adhérence est alors mauvaise, et les risques de chute ou de déséquilibre sont augmentés.


Comprenez bien, dans tous les cas, que l'utilisation de matériel métallique peut éviter de gros dégâts au niveau du sol : il est souvent préférable d'avoir quelques marques visibles plutôt que des trous profonds à de nombreux endroits d'une parcelle.

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par Thibault publié dans : Mécanisation
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Lundi 5 novembre 2007
J'ai fait le plein de mon véhicule de fonction ce soir... 1,22 Euros à la pompe et 1,30 à partir de demain matin... Là, je dois dire qu'il y en a marre. 

Rendez vous compte: mon employeur a 12 engins forestiers (autant de chauffeurs), ce qui lui fait une facture mensuelle pour environ 30 000 litres de fuel... sachant que les tarifs au stère n'ont pas changé depuis bien longtemps... sachant aussi que les maisons de livraison appliquent bien souvent une majoration tarifaire liée à leur trajet dans les pistes à camion pour venir nous livrer. Et tant d'autres professions sont dans le même cas que nous.

Je ne sais pas combien tout ceci coûte à mon chef, mais j'en ai la chair de poule. En tout cas, une chose est sûre (ou presque): au rythme où vont les choses, encore un an et je peux aller pointer au chômage !

Mais qu'attend notre société pour se réveiller ? Personne ne voit qu'on va au mur ? Notre chef d'Etat se prend une augmentation de 140% (vive la France endettée!), son porte parole, habitant à quelques centaines de mètres de l'Elysée, se permet de venir travailler en voiture, la ministre de l'économie se donne bonne conscience en nous incitant à enfourcher nos vélos (facile quand on vit à la campagne!). De qui se moque-t'on ?

Au départ je n'étais pas pour les mouvements sociaux... Mais si cela peut permettre de mettre quelques uns de nos hauts placés au chômage, je suis pour.

Tiens, d'ailleurs, une petite idée: pourquoi nous, les forestiers, ne nous mettrions pas à bloquer à notre tour les axes routiers avec nos engins? C'est pas facile à bouger une machine d'abattage qui fait une vingtaine de tonnes!

Non, vraiment, j'en ai marre de penser que ma profession va droit au mur à cause d'un Etat corrompu, qu'il soit de droite ou de gauche. Je vais même jusqu'à croire que nous sommes gouvernés par des nantis qui, vivant aux frais de la Princesse, n'imaginent même pas ce qu'une certaine classe de la société endure pour arriver à vivre correctement (je parle notamment de celle qui travaille plus pour gagner plus).

Ce coup de calgon (comme le dit si bien mon grand frère ;-) ) n'est pas une critique gratuite à un gouvernement uniquement capable de réformer par la taxation de bas étage. C'est une alerte lancée à toute une filière qui va, dans les mois à venir, connaître une crise grosse comme une abatteuse si personne ne fait rien. A bon entendeur...

par Thibault publié dans : A méditer ...
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Lundi 29 octobre 2007
Picotalen051.JPGJe traite le sujet avec quelques jours de retard, mais j'avais vraiment besoin de porter une grosse réflexion sur le thème lourd par son contenu du Grenelle de l'Environnement.

J'ai cru comprendre à son sujet que toutes les organisations écologistes - ou presque -étaient satisfaites des propositions faites lors de ce fameux Grenelle. Oui, ma foi... Pourquoi pas. Seulement, je trouve qu'il est un peu facile, bien que nécessaire, de s'attaquer aux facteurs de pollution en taxant (taxe carbone, la fameuse écopastille). Mais finalement, utilise t'on réellement les outils naturels existant qui permettent de lutter de manière naturelle, et sans aucun coût supplémentaire pour chacun d'entre nous. Tout le monde l'aura compris, je parle bien évidemment de la forêt. Oui oui, la forêt fait partie, à mon sens, des grands absents de ce Grenelle. 

Ayant fait ce constat, je me suis posé une question simple et évident pour tout forestier qui se respecte : y avait-il au moins un groupe de travail susceptible de faire des propositions sur le milieu forestier et sa gestion (en temps qu'espace naturel, espace de production, ...)? Je fus agréablement surpris en constatant que oui. Le quatrième groupe de travail (dont voici la page d'accueil sur le site officiel du Grenelle) était chargé du thème "Adopter des modes de production et de consommation durables : agriculture, pêche, agroalimentaire, distribution, forêts et usage durable des territoires". Quel intitulé! Je me mets alors en quête d'un membre de ce groupe représentant le milieu forestier. A ma grande surprise (cette fois mauvaise), personne... Pas même des membres de l'Office (ah si, M. Drege dans le groupe de travail n°1, qui n'avait d'ailleurs pas grand chose à y faire), ni des représentants de la forêt privée (pourtant majoritaire en France).

Pourtant, il me semble que ce fabuleux espace naturel est considéré comme LE poumon vert de la planète! Il me semble qu'il s'agit d'un formidable outil pour l'absorption du carbone dans l'atmosphère, lui conférant ainsi l'un des rôles principaux dans la lutte contre l'effet de serre. Pour preuve, voici quelques chiffres éloquents:

   - Il y a environ 17 millions d'hectares de forêt sur le territoire français;
   - Ces 17 millions d'hectares ont produit, entre 2005 et 2006 (selon l'Inventaire Forestier National), 103,1 millions de mètres cubes de bois;
   - 1 mètre cube de bois correspond à une masse moyenne de 700 kg de carbone brute;
   - Il y a donc eu, en un an, 72 millions de tonnes de carbone absorbées! C'est tout de même énorme non ?


Alors pourquoi se priver d'un tel outil naturel? Parce qu'il ne rapporte pas directement des fond à notre Etat si endetté? C'est sans doute l'une des raisons. Et pourtant, voici ce qui serait possible de faire pour accroître encore ce pouvoir d'absorption, et pour faire accepter au grand public les modes de gestion (c'était tout de même une occasion rêvée ce Grenelle!).

   - Renforcer les systèmes de labellisation mis en place depuis déjà des années. Déjà au Sommet de la Terre à Rio en 93, des labels de certification forestière avaient vu le jour (PEFC notamment). Pourtant, on en entend de moins en moins parler: les clients avertis peinent à trouver des produits certifiés FSC ou PEFC, et les néophytes ne risquent pas de les rencontrer, et si c'est le cas, ils ne sont même pas mis au courant de la signification du label, de ses enjeux, etc. Il est donc primordial de renforcer le système de communication autour de ces labels qui pourraient, à mon avis, donner une véritable crédibilité à nos actions en forêt.

   - Mener de nouveau une politique de reboisement digne de ce nom. Il y a encore quelques années, l'Etat arborait fièrement ses contrats Fond Forestier National, avec un système de subventions à la plantation très concret puisque les plants étaient fournis. Evidemment, s'il n'y a pas de suivi des contrats souscris, c'est l'échec assuré, ce qui a été le cas pour le FFN. Mais il est nécessaire d'inciter les propriétaires privés à reboiser certaines parcelles aujourd'hui inutilisables et inutilisées (jachères, pentes, landes, etc...).

   - Favoriser une sylviculture permettant une gestion durable des espaces forestiers français, qu'il s'agisse d'espaces de production ou de protection. Sur le terrain, on a parfois l'impression qu'il existe un gouffre immense entre tous les organismes de la gestion forestière, ne permettant pas de communication, et donc de gestion sur le long terme.

   - Former les propriétaires de manière efficace pour leur permettre d'évaluer le potentiel (aussi minime qu'il soit) de leurs parcelles. Aujourd'hui, certains possèdent un "bout de forêt", et pensent posséder un trésor extraordinaire, et d'autres possèdent des forêts de valeur sans même s'en rendre compte. Des formations existent déjà, mais tous les propriétaires ne les connaissent pas et n'y ont pas accès.

   - Renforcer les campagnes du type "Le Bois, c'est Essentiel". Cette campagne était parfaite dans ses intentions, mais les moyens, à mon avis, ont manqué. On a très peu vu les spots TV. De telles campagnes permettent d'encrer dans les esprits certaines informations capitales. Dans le domaine du bois, diffuser de l'information est capital, puisque la "bonne santé" des forêts dépend, en grande partie, de la consommation de bois de la société.

   - Améliorer l'éducation vis à vis du matériau bois. Ce matériau a souvent une image un peu vieillotte et rustique. Pourtant, il est très moderne par ses possibilités d'utilisation en architecture.

   - Limiter et contrôler les importations de bois étrangers, notamment les bois exotiques "clandestins", et autres pâtes à papiers. Nous avons une quantité considérable de petits bois en France qui ne sont valorisables qu'en pâte à papier et trituration. Mais la demande est nettement inférieure à l'offre, ne permettant pas de les écouler.

   - Démocratiser le bois-énergie. Mettre en place des réseaux de chaleur dans bâtiments publics. Le bois est une alternative intéressante au pétrole. Il a au moins le mérite d'avoir un bilan carbone nul, contrairement aux énergies fossiles.


Toutes ces petites mesures ne coûtent pas forcément très cher, et seraient relativement faciles à mettre en place (sans doute plus que leur écopastille hypocrite et démago qui ne tient pas forcément compte des anciens véhicules trop polluant).

Maintenant, j'espère simplement qu'un jour la forêt aura aussi son heure de gloire. Tout le monde veut prendre soin de cet espace qui nous est vital, mais personne ne sait quels sont les bons gestes à faire.

La bonne conscience collective aimerait voir des bois sans machines, sans éclaircies, avec des hautes futaies à perte de vue. Mais n'oubliez pas ceci : la conscience collective nous a aussi conduits au fameux réchauffement climatique...
par Thibault publié dans : A mon avis...
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Dimanche 28 octobre 2007
DSCI0134.JPGRappelez vous cet article du 23 septembre 2007 sur cette vieille et étrange machine d'abattage, le Makeri 33T. Eh bien figurez-vous que la semaine dernière, j'ai reçu un mail de la personne ayant développé les ventes de cet engin entre 1978 et 1984 ! Un échange entre nous a alors commencé pour mettre en place une petite interview au sujet de cette fabuleuse invention, à la fois moderne par son concept, et le début de la longue et belle aventure de la mécanisation forestière en France.

Je partage donc avec vous cet échange passionnant avec Daniel Apostolou à propos des prémices de l'exploitation mécanisée dans notre pays:


Visiblement, vous connaissez parfaitement le Makeri 33T (dont je découvre d'ailleurs le modèle), pourriez-vous nous donner quelques données techniques ?

Le Makeri 33 T était très compacte. De mémoire, je crois me souvenir que ses dimensions étaient 1.60x3.50 Il avait la particularité de pouvoir pivoter sur place ou d'évoluer en actionnant un moteur hydraulique par rapport à l'autre. Les roues avant étaient montées sur des réducteurs Borg Wagner actionnés par des moteurs hydrauliques. Les roues arrières au nombre de 4 étaient montées sur un boggie a balancier. Elles n'étaient pas motrices. Une paire de chenilles était tendue sur cet assemblage. Chaque boggie était commandé par un vérin qui permettait d'appuyer la roue du milieu au sol et qui justement lui donnait cette possibilité de pivoter autour de ce point central. Le moteur était un Deutz deux cylindres de 33 CV.


Les commandes de direction et de conduite de la tête étaient montées sur deux palonniers situés devant le siège à suspension hydraulique. Ce siège était le seul élément de confort, car par sa constitution l'engin était assez "tape cul".

La tête abatteuse était montée à l'avant sur un bras de levage assez astucieux. Elle avait la possibilité d'abattre le bois par l'action du sécateur, et de l'incliner vers l'avant et ensuite par une rotation vers la droite l'arbre était disposé latéralement à l'engin. Mais elle pouvait également s'incliner perpendiculairement à droite et gauche pour déposer son arbre par le travers.

Sur les Makeri que j'ai connus, il n'y avait pas de système de découpe en longueur. Une jauge sur le coté de l'appareil permettait de couper le bois à une longueur de 2 mètres. Un type génial chez Timbermat avait mis au point un système de mesure de longueur avec le développement de la circonférence des rouleaux. Ce type était Jean Claude Dutrain actuel patron de Forestière d'Equipement à Bordeaux.

Incontestablement, cet appareil était fabriqué pour effectuer des éclaircies sélectives, par opposition aux éclaircies systématiques prônées par l'ARMEF à l'époque. (devenue AFOCEL, puis le FCBA aujourd'hui).

Malgré son intelligence de construction et d'utilisation, ce ne fut pas du gâteau pour vendre les premières machines. Et on peut dire que les 33 ventes effectuées jusqu'en 84 furent à chaque fois de vraies batailles. Mais c'était un engin nécessaire et comme toujours, la raison l'emporte. Il aura eu son heure de gloire dans les peuplements très fermés, les semis de pin, les plantations de l'est de la France (1x1M) en forte pente où il excellait, celles du Massif Central, celles de la forêt d'Orléans ou de la caisse des dépôts, et enfin les forêts du sud-ouest où il était très à l'aise.

Oui, ce fut un précurseur dans son genre. Il était fabriqué par Monsieur Laine en Finlande et en 84 Osa propriété du groupe Rauma Repola a acheté cette entreprise, et l'a joint aux fabrications OSA, Lokomo, Brunnet et j'en oublie. Un peu plus tard, tout ce groupe qui a aussi acheté Timberjack et Cemet  passera sous la direction de Parteck, puis de Kone. On connait la suite puisque c'est maintenant John Deere qui est devenu propriétaire de tous ces trésors.

Je ne crois pas que ce soit une bonne chose car il y avait de l'imagination, de la recherche, de la grande classe...


Lors de votre premier contact avec cet engin, quel fut votre premier avis ? Croyez vous en ce concept à cette époque? Selon vous, avait-il un avenir ?

J’ai fait partie des inconditionnels de ce matériel dès le premier jour. Mes collègues aussi d’ailleurs, et  notre patron, G. Mullebrouck le premier. C’est lui qui lui a donné une seconde vie, car quand il a découvert cet engin, son constructeur voulait cesser la fabrication. De toute façon je croyais dur comme fer à une nécessaire mécanisation depuis 1966. Dès 68, j’ai fait partie de l’équipe qui a construit les premiers porteurs Français. P3F en premier, suivi du Sat For 150 puis du Grizzly, puis du Sat For 80. Tout cela de 68 à 71. En 74, j’ai créé avec André Bouchez le journal "Mécanisation Forestière" repris depuis. En 75 Ce fut la création du prototype du Termit, porteur dont l’histoire aussi est intéressante. Depuis le début de ma vie pro je n’ai jamais cessé de penser à des process, à les réaliser et les vendre. Et ... ça continue !


Vous m'avez avoué avoir des anecdotes au sujet du Makeri 33T...

Les rouleaux d'entraînement du bois étaient à grand picots ce qui a levé des polémiques à l'époque. Les chimistes des grands groupes papetiers prétendaient que ces picots implantaient de l'écorce en profondeur dans le bois.


Existait-il déjà des engins utilisant le concept d'abattage combiné à la naissance du Makeri ?

Je ne sais pas exactement quand le Makeri a été conçu. A mon avis dans les années 76/78. A ma connaissance il n’y avait pas de machine similaire sur le marché. Il y a eu un essai intéressant avec le 6 roues Farmet qui nous a bien servi d’exemple également pour la fabrication du Scorpion. Aux USA, j’avais vu le Busch Combine, qui était d’ailleurs venu faire des essais dans les Landes dans les années 66/67 pour la Centrale Forestière devenu Comptoir Du Pin maintenant. Il y avait également la TJ 30 de Timberjack, dont un exemplaire a travaillé longtemps en Belgique. Je sais que Tangay Machine et quelques autres Canadiens avaient construit des machines de ce genre.


Au moment où vous avez souhaité faire découvrir cet "OVNI" aux professionnels, quel a été leur regard, leurs réactions?

Cette machine avait été plutôt bien reçue pas les entreprises forestières. Les ventes se sont faites assez rapidement d'ailleurs! Les réticences étaient plutôt du côté des officiels, et je me souviens encore de démonstrations ou de chantiers tests où le marquage avait été effectué pour empêcher la progression de la machine. Sinon, les pros se rendaient bien compte que cette machine était nécessaire. Se rend t'on compte que sur certains chantiers dans les Vosges, un bûcheron ne pouvait pas faire plus de 2 m3 en une journée !


Vous m'avez écrit dans votre mail: "Sachez qu'il a servi d'exemple à d'autres appareils dont un en France, oublié lui aussi, mais qui fut génial dans son genre. Je veux parler du Scorpion". Je ne connais pas du tout cette machine... Comment était-elle ?

C'est vrai, nous nous sommes servi de l'architecture et du système 6 roues de cet engin pour concevoir le Scorpion. Avec mon copain et client Emile Van Landeghem, nous avions entrepris l'étude et la construction d'une machine pour récupérer les broussailles. A l'époque, avec la société SIELMA dont j'étais le chef de produit-directeur des ventes, nous importions des USA la débroussailleuse HYDRO AX. J'en avais vendu un certain nombre et le fonctionnement de cette machine était spectaculaire d'efficacité. 180 ch sur un engin articulé à transmission hydrostatique, portant devant elle un débroussailleur à deux lames de 2,40 mètres de diamètre tournant à 1 100 tours/min. La machine était capable de débroussailler l'hectare de broussailles de 10/15 ans en 4 heures. On évaluait ces broussailles, genre ligne électrique haute tension par exemple, à 100/150 stères par hectare. Le chantier fini, ça représentait beaucoup de bois broyé par terre, souvent une épaisseur de 10cm. Nous avions donc décidé en 79 de récupérer ce produit. Le marché était porteur, car déjà le fuel faisait des siennes et était en train de monter. En 84, le fuel était à 3,50 francs. Le jeu en valait la chandelle. Nous avons donc conçu ce Scorpion, que le monde entier est venu voir fonctionner. La base devait évoluer sur des pentes et contre-pentes de plus de 50%. Il fallait tourner sur place pour débroussailler les pare-feux de zones rouges du Sud-Est. Nous avons d'ailleurs inventé les pare-feux arborés comme le souhaité Michel Neveux, directeur du CRPF de Marseille. Il fallait couper, puis broyer la broussaille en plaquettes et la récupérer dans un panier de grande contenance.

Aucune machine articulée ne pouvait effectuer ce travail, car les demi-tours en contre-pente auraient été fatals à l’engin. Le choix s’est donc porté sur un châssis rectangulaire d’un seul tenant pour garder le centre de gravité à l’intérieur du polygone de sustentation. Les deux roues avant étaient montées sur un essieu balancier. Deux boggies arrières recevaient les 4 roues. Ce boggie était moteur, et comme sur le Makeri, un vérin poinçonnait la roue du milieu au sol, permettant l’évolution rapide de l’engin. Deux chenilles pouvaient compléter le système. Le moteur de 300cv était monté à l’arrière sur un châssis qui pouvait se déposer rapidement, donnant ainsi accès très facilement aux organes moteurs et aux pompes hydrauliques. Le panier de réception des plaquettes était monté au dessus du moteur, derrière la cabine de conduite placée à l’avant.

L’outil de coupe était composé de deux disques de 120 cm de diamètre, tournait à 1100 tours/min de gauche à droite pour le gauche et de droite à gauche pour le droit. Ces disques étaient munis de 4 dents chacun en acier à haute résistance. Au dessus de chaque disque se trouvaient des cônes munis de dents tournant à 100 tours/min sur le même axe que les disques. Derrière ce dispositif, un tapis roulant  précédait un avaloir de déchiqueteuse et une déchiqueteuse de 40x80cm. Les bois attaqués par les disques étaient immédiatement pris en charge par les cônes, repris par le tapis roulant et poussés de force dans l’avaloir de la déchiqueteuse qui les projetait dans le panier arrière.

Deux hectares par jour et des productions de plus de 200 tonnes étaient le lot quotidien de la machine. Plusieurs machines furent construites par la CIMAF, mais que d’incidents autours de ces  engins: incendié, plastiqué, le Scorpion  était devenu pourtant « le Scorpion de Tazieff » car cet homme génial, alors Ministre aux risques naturels les avait pris sous sa protection. Hélas, tous ces incidents et l’écroulement des cours du fuel en 89 (retour a 2 francs) ont eu raison de cette machine géniale.

Pour en revenir au Makeri, oui, d'autres machines ont également suivi l'exemple. Je vous parlais des engins SIFER-ARMEF qui sont revenus au frontal. En Belgique, Huet avait construit une machine avec un processor avant, et bien d'autres aux USA sont venus à cette architecture.


Pouviez-vous penser à l'évolution qu'allait connaître ce concept, d'une part, mais aussi à l'ampleur du développement de la mécanisation forestière d'autre part?


Pour ma part, le système porté avant me séduisait bien pour certains types d’exploitation. Mais je savais déjà que le processor devrait être en bout de flèche de grue. D’ailleurs dès 74, quand l’Armef a présenté sa tête ébrancheuse, elle avait été montée sur une grue SIMSON que je leur avais prêté pour faire les premiers essais. Ils (SIFER) ont abandonné ce type de montage pour le frontal, à l’exemple du Makeri, et ce pendant de longues années. C’est dans les années 90 qu’ils ont changé leur fusil d’épaule et sont revenus a l’équipement en bout de grue (Equi’forest).

La généralisation des éclaircies systématiques dites en ligne y  est pour  beaucoup. Mais d’une façon générale les processors sont plus à l’aise sur des grues, surtout en dehors du contexte "éclaircie en ligne". En fait les deux systèmes sont complémentaires. Et je pressens que les systèmes d’abattage de taillis vont bientôt utiliser ces deux méthodes.


Quel est votre sentiment vis à vis de la mécanisation moderne ?


La mécanisation "moderne" est inéluctable. Regardez autour de vous. Les bûcherons disparaissent. Les gens vivent avec leur temps. Et de nos jours, c’est l’informatique, l’électronique et bientôt la robotique. Je trouve même que sur ce point les constructeurs sont timorés. Quels sont les grands progrès  de ces 10 dernières années. Prenons les porteurs : la multiplication des roues. Aujourd’hui, plus un seul porteur 4 roues en forêt. Plus beaucoup de 6 roues dans les catalogues. Que des 8 roues ! Pourquoi pas 12 ? Un essai avait d’ailleurs était fait dans les années 80 par Brunnet. 8 roues ça ne gène personne, sauf que ça a considérablement
augmenté le coût de construction des engins. Un boggie, ça coûte de l’argent. A-t’on bien exploré toutes les possibilités des 4 et 6 roues? Car après tout, les premiers boggies utilisaient des pneus taille basse avec des crampons très peu agressifs, genre Trelleborg. Puis les 8 roues sont arrivés avec ces mêmes pneus, et immédiatement on s’est empressé de les équiper avec des pneus à crampons plus agressifs. Certes, les ornières sont moins profondes, mais il y a encore beaucoup de dégâts.

Pourquoi ne pas avoir utilisé les dispositifs de modification de la  pression des pneus embarqués? Inventés aux USA il y a plus de cinquante ans, de nombreux engins de génie civil, des véhicules de pompiers ou EDF les utilisent avec grand succès.

Un quatre roues, genre Turbo Forest, modèle d’équilibre, équipé de ce système aurait cassé la baraque. Pour le reste, on s’est contenté de "gaver" littéralement les engins d’électronique, les rendant ainsi très dépendants des SAV constructeurs.  Quand ils existent, ils sont chers. Et, solution de facilité, on a augmenté la puissance, donc le poids, donc le prix. En 83, les deux derniers 872 k 6 roues Valmet vendus par Timbermat étaient à 450 000 FF. Les stères étaient à 25/30 Francs au débardage. Les engins sont 4 à 5 fois plus chers 25 ans après. A combien est la tonne de bois débardée ?

Sur le plan des transmissions, l’hydrostatique est devenu maîtres, mais d’autres voies sont à explorer, telles que les transmissions électrique animées par moteur diesel. Il y a longtemps que Letourneau aux USA exploite ce filon, et un constructeur Suédois fait tourner un tel système sur un 6 roues génial. Couple, poids, maniabilité et économie de consommation seront les arguments de telles machines. Oui la mécanisation moderne comme vous le dites … "ça le fait"!

D'ailleurs, ne trouvez-vous pas qu’à notre époque, le mot "moderne" semble desué ?

Je crois qu’avec l’avancement des bois énergie et des bio-combustible, nous verrons encore de belles choses et pour ma part je m’y emploie. A ce titre, je recherche des partenaires dessinateurs, concepteurs, prototypistes
pour apporter leur aide au sein d’une association.


Visiblement, vous êtes passionné par ce domaine. Etes vous toujours dans le milieu du bois ?

Je suis toujours dans ce milieu de la foresterie qui est, vous avez raison, ma passion. Pendant près de quarante ans je n'ai jamais eu le stress du travail tellement je me suis amusé dans cette proactivité.

Je suis en retraite depuis 98. J'ai recréé en 2005 un cabinet de consultant dont le but est "l'étude et la réalisation d'outils innovants pour la récolte de la biomasse et des rémanents forestiers". Vaste programme! ! !


Un petit mot pour tous ceux qui vous ont accompagné ?


Il y avait du monde avec moi ! B.Denis, Drouot, Araque, Delayaye pour Cemet Satime. Rambaud pour la Sielma, Tachon Solferino pour le prototype du Termit, et toute l'équipe Termit Poitier qui a ensuite travaillé sur l'engin. François Carré pour les outils de récolte, mon cher Emile Van Ladeghem  et son équipe CIMAF -SEMDEN d'Esternay.
Lauri Maartinii en Finlande et toute l'équipe Keto. L'équipe Hydro Ax qui nous appris beaucoup. Et au passage  J.Carré et A. Riedacker de l'AFME maintenant Ademe. 


Avoir des idées c'est bien, mais que de monde, que d'éfforts pour les réaliser. Quand aux idées, elles viennent au cours des longues conversations, entretiens de vente, où les clients débardeurs, exploitants forestiers expriment leur besoins. Merci à eux!


Comme vous avez pu le constater, Daniel Apostolou est vraiment un passionné de la mécanisation forestière. A ce titre, je tiens vraiment à le remercier de m'avoir donné de son temps pour répondre à ces quelques questions qui nous ont permis de retracer de manière précise le cheminement de la récolte mécanisée en France.

 
par Thibault publié dans : Mécanisation
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