Mot d'accueil...


Bonjour et bienvenue sur Sylvasphere. Je vous propose de découvrir sur ce blog la filière forestière sous tous les angles: métiers, explication de la gestion des forêts, pensées personnelles, blogs, ...

N'hésitez pas à commenter, poser vos questions, proposer vos débats, exposer vos critiques, ... et tant de choses encore! Sylvasphere est un blog qui se veut ouvert d'esprit!
Mardi 4 mars 2008
J'ai eu l'occasion courant février de faire un chantier classique en apparence, mais finalement avec un objectif assez particulier. Le travail consistait à réaliser une troisième éclaircie dans une parcelle divisée en deux parties : l'une plantée en Douglas, et l'autre en Epicéas communs. Les bois étant vraiment de bonne qualité (essentiellement les Douglas), le propriétaire a choisi de faire marquer par le CRPF (Pascal Mathieu) la partie Douglas.

Sa méthode était la suivante : Repérer les plus beaux spécimens d'un point jaune (les arbres d'avenir), soit une centaine à l'hectare, et tenter de les dégager le plus possible en me faisant abattre les Douglas pouvant les gêner dans leur croissance. Après observation du marquage, j'ai pu comprendre que même les bois dominants pouvaient être à abattre à partir du moment où ils étaient à proximité d'un arbre d'avenir. A l'inverse, il restait le plus souvent des dominés autour des tiges à conserver, ceux-ci ayant comme rôle une stabilisation du peuplement restant. Le tout forme une sorte de patchwork forestier dans lequel il est facile de distinguer des zones à couper très larges, puis des bouquets de dominés. 

Le but avoué est de "forcer la croissance" des tiges détourées en éliminant leurs concurrents directs, même s'il faut dès la troisième éclaircie arriver à une densité quasi équivalente à celle d'un peuplement final. 


10-f-vrier-2008-038.JPGParcelle avant éclaircie


CSC_0012.JPGParcelle après éclaircie

Mon point de vue sur cette sylviculture

Je n'ai pas forcément l'habitude de travailler au marquage. En principe, je choisis moi-même les bois à prélever.  Le fait que la coupe soit marquée (et bien marquée) me fait gagner pas mal de temps. 
Concernant la méthode de marquage, j'ai été très surpris. J'ai trouvé que le prélèvement était très, voire trop important à ce stade. De plus, le fait de travailler avec cette méthode crée une décapitalisation de la forêt (prélèvement supérieur à l'accroissement).  Enfin, la stabilité est sérieusement remise en cause ! C'est donc un très gros risque pour le propriétaire.

Concernant la suite de la vie des bois en place : Il est évident que les tiges d'avenir vont avoir un accroissement élevé. Mais cette croissance aura pour résultat la formation de cernes plus larges. Le problème est que certaines valorisations demandent un bois très homogène, avec des cernes régulièrs, et surtout peu larges (Les sciages de qualité par exemple, pour limiter les déformations au séchage).

Conclusion : Vouloir absolument accélérer la croissance d'un peuplement n'a pas de grand intérêt, sauf celui de faire (éventuellement) plaisir au propriétaire en lui faisant croire que plus le bois est gros, plus il rapporte. De plus, ce type de travail est très aléatoire étant donné les risques de déstabilisation pris.

Mais finalement, ce qui me choque le plus dans toute cette histoire, c'est de savoir que le CRPF est un organisme de conseil pour les propriétaires. Ils sont donc, théoriquement, en mesure d'aider chaque sylviculteur à avoir une gestion correcte, sûre, mais productive en même temps, ce qui n'est pas le cas. Leur rôle n'est absolument pas de faire d'une parcelle une usine à bois. En bref, laissons le temps au temps...
par Thibault publié dans : Tours et détours en forêt
ajouter un commentaire commentaires (8)    créer un trackback recommander
Mercredi 6 février 2008
J'avais publié le 12 juillet dernier un article intitulé Chêne chêne chêne,  shame on you ! La semaine dernière, ce même article a été commenté par Christian Séguié, menuisier ébéniste à Montner, dans les Pyrénées Orientales. Christian me reprochait de passer un peu trop rapidement sur le cas du chêne et ses utilisations. C'est sans doute très exact, mais n'étant pas un homme de l'art, je crois que je suis excusable. Pour l'occasion, j'ai proposé à Christian d'écrire un article pour Sylvasphere, traitant plus en détail l'utilisation des bois feuillus dans l'ébénisterie, et je l'en remercie d'avoir accepté. Au passage, je vous invite à visiter le blog de Christian Séguié, pour les passionnés du travail du bois dans les règles de l'art.
Thibault
ch-ne-vert-a001.JPG
Avant de commencer sur le chêne, il faut faire un passage historique.

Les premières fabrications en menuiserie ont consisté dans la confection des portes, des planchers et des meubles ... A cette époque toutes les fabrications étaient faites dans des bois locaux. Chaque région ou lieu a ses bois bien particuliers.

Bois noble signifie que les meilleurs troncs étaient réservés aux nobles. Tout le reste du bois allait pour le peuple, et ce, quelle que soit l'essence du bois. Je m'explique : Dans ma région, il y a un château à deux kilomètres d'un village. Tout autour du château, une forêt de pin, puis près du village, des vergers. Toutes les menuiseries du château, poutres et planchers sont en pin et les meubles étaient en bois fruitiers. A l'inverse dans le village on trouve des escaliers en bois fruitiers. Et cela est normal car les plus beaux pins, et bois fruitiers étaient pour le château donc la noblesse ! Comme il restait beaucoup de bois fruitiers, généralement très noueux, il était très bon en menuiserie mais inutilisable en ébénisterie.

Mais attention un bois noble est un bois qui correspond à une demande particulière où la mise en oeuvre est tout aussi particulière : par exemple pour la coque des bateaux où il faut un arbre vouté.

Aujourd'hui on dit que le bois noble commence au chêne. C'est triste mais vrai. Et pourquoi ? Parce que le pin d'aujourd'hui est faible, le sapin est trop tendre, le châtaignier saute à la première coupe. En bref, le chêne est le bois de "sécurité". On ne prend aucun risque. Et comme le merisier européen a disparu, seul le chêne est noble en Europe.
Il y a un siècle, plus d'une vingtaine d'essences de bois étaient utilisées contre 5 aujourd'hui. Je parle des magasins de bois et non des scieries.

Mais le chêne a d'autres avantages: Il pousse quasiment  partout, en nombre et qu'il est de bonne grosseur. Dans l'article du Sylvasphère, Thibault parle des tonneaux et cela est très intéressant car il y en avait aussi en chêne vert. Comme quoi tous les bois peuvent être utilisés. La particularité du chêne vert réside dans sa dureté car le bois est plus petit et plus noueux. Mais cela n'a pas duré très longtemps car la taille du bois n'est pas assez longue et épaisse: il faut par exemple 15 lames de chêne classique pour un tonneau et 20 lames pour le chêne vert. C'est pour cette raison que le chêne vert a été arrêté. J'ai personnellement travaillé le chêne vert et il est plus dur, plus coloré et joli. Mais tous les chênes verts ne sont pas comme celui photographié !

Le chêne a été généralement le premier bois utilisé à partir de l'invention des scies et des rabots. Avant, seul le bois tendre était utilisé pour les portes, volets, meubles.
En ce qui concerne l'ébénisterie avec des meubles en marqueterie, le chêne était aussi beaucoup utilisé pour les intérieurs des meubles car pour l'extérieur on pouvait utiliser un nombre incalculable de bois (près d'une centaine) dont  les plus connus sont l'ébène, le noyer ,le citronnier ,le poirier ... mais aussi le fameux bois de rose (le bois le plus cher au monde) ou rosier et même la vigne.

N'oubliez pas ceci : Le meilleur des bois en menuiserie est toujours le plus proche, (car le bois est toujours vivant et c'est pourquoi il bouge) puisqu'il est déjà à la même hygrométrie que son lieu de mise en oeuvre. 

        

par Christian Séguié publié dans : Tours et détours en forêt
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Jeudi 24 janvier 2008
Nous savons tous que l'éolien ne plait pas à tous, mais chacun peut exprimer ses idées sans pour autant s'en prendre au matériel, aux biens des personnes travaillant sur les sites de construction. C'est pourtant ce qui se passe depuis un peu plus d'un an sur les hauteurs de Sauveterre et d'Albine dans le Tarn : sabotages de mâts de mesures, tentatives d'incendies, dégradations, vols ont été commis sur cette zone. 

Aujourd'hui, je souhaite soutenir plus particulièrement un jeune entrepreneur forestier, Julien Gastou, qui a vu sa machine d'abattage brûler deux fois de suite sur un même chantier sur le site de montage des éoliennes. La première tentative avait eu lieu courant novembre. Les dégâts étaient réparables, pour une valeur de 40 000 Euros tout de même. Les réparations tout justes terminées, la machine est à nouveau incendiée fin décembre, mais cette fois, il ne reste plus que le métal (200 000 Euros de travaux de remise en état). C'est absolument révoltant. La bêtise des gens est parfois sans limites. Après renseignements, Julien Gastou souhaite reprendre son activité, je lui tire mon chapeau. Dans ces conditions, ne pas abandonner témoigne d'un grand courage et montre que dans le milieu forestier nous avons aussi de la dignité.

Il n'y a pas grand chose à dire d'autre à propos de cet acte de vandalisme, si ce n'est que je suis très surpris du peu de réactions que suscite cet incendie dans la profession, mis à part lors des repas dans les restaurant les midis. Pas un message de soutien, nul part sauf dans la Dépêche du Midi où dans les éditions du journal de France 3, mais peu de professionnels osent élever la voix. Pourquoi ? Ont-il peur de représailles ?


 

Je tiens à remercier Cédric Carme, Technicien Forestier à la coopérative forestière Forestarn pour les photos qu'il a bien voulu me faire parvenir.
par Thibault publié dans : Actualité du bois
ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback recommander
Mercredi 9 janvier 2008
Je vous avais parlé l'autre jour d'une éventuelle évolution de la formation du BTSA Gestion Forestière (Vers une nouveau BTSA Gestion Forestière). J'avais alors posé la question au niveau du Ministère de l'Agriculture de l'avenir réel de cette formation. J'ai enfin reçu la réponse, et je vous livre ici les informations que j'ai pu obtenir.


Voici les deux principaux objectifs visés par le Ministère au sujet de cette réforme du BTSA Gestion Forestière :

  - Il s'agit de faciliter les déplacements des étudiants et la reconnaissance du diplôme dans l'Union Européenne;

  -
Une éventuelle réorientation des étudiants durant leur première année de formation vers un autre BTSA sans perdre l'enseignement reçu est plus facile dans le cas où ils s'apercevraient que la filière choisie ne leur correspond pas.


Somme toute, j'ai l'impression qu'il s'agit d'une grande réforme pour peu de choses. Je persiste et signe dans les réflexions que j'avais apporté dans mon premier post en ajoutant ceci : les problèmes d'orientations ne devraient pas survenir en cours de formation. Je pense que la source du problème n'est pas traitée : En aval des formations, les conseils ne sont pas dispensés pour choisir une bonne orientation, les informations sont insuffisantes vois inexistantes, alors que l'un des rôles du lycée est de permettre un choix judicieux des orientations... La réforme ne serait-elle pas au mauvais endroit ???
par Thibault publié dans : A mon avis...
ajouter un commentaire commentaires (5)    créer un trackback recommander
Lundi 31 décembre 2007
J'ai été mis au courant, ce week end et tout à fait par hasard, d'une réforme à venir du BTSA Gestion Forestière pour la rentrée 2008. Réforme assez floue je dois dire, puisque très peu de notes circulent à ce sujet, y compris sur le site du ministère de l'agriculture (chargé de ses formations). Donc autant vous dire qu'il n'est pas évident d'avoir des informations. Commençant à me connaître, vous aurez bien compris que je n'en resterai pas là, et que j'ai d'ores et déjà contacté le ministère pour en savoir un peu plus à ce sujet. J'attends pour le moment la réponse, et je vous transmettrai les informations utiles à ce sujet.

Cela étant dit, voici ce que j'ai pu comprendre sur une note de la CGT intitulée Compte rendu Groupe de travail Rénovation BTSA GF (cette publication date de septembre dernier):
  • L'objectif est de diminuer le nombre d'options disponibles au niveau des BTSA en regroupant les trois options existantes à savoir Aménagement paysager, Gestion et Protection de la Nature et Gestion Forestière.
  • L'architecture même du BTS va donc évoluer, avec 1/4 du temps consacré à un tronc commun des formations, et le reste consacré à des spécialisations professionnelles.

A mon sens, si ce projet est mené à bien, il ne peut qu'être néfaste à la filière des formations agricoles : ces trois formations sont radicalement différentes par leur contenu, mais aussi par leur vision des choses.

Le souci majeur est qu'en réalité, il s'agit de formations au contenu très pointu et dense. Par conséquent, aménager les temps d'apprentissage est un réel danger pour la réalisation d'une formation de qualité : pour avoir suivi un BTSA GF, je vois mal comment les thèmes techniques abordés peuvent être condensés, et comment ils peuvent être assimilés dans de bonnes conditions. Deux ans de formations étaient déjà, à mon avis, presque trop peu !

Concernant l'aspect "philosophique" des formations, c'est un réel problème : si les BTS Aménagement paysager et Protection de la Nature peuvent cohabiter (et encore, je demande à mes lecteurs concernés leur avis), le BTSA GF, lui, est totalement incompatible avec ces deux voisins. Ce dernier est avant tout une filière dite de production, soit tout le contraire des deux premiers. Cela veut donc dire que dans une même promotion, les gens pourront apprendre tout et son contraire (bien que les modules soient bien distincts et choisis au préalable).
Le risque est donc de mettre en "conflit" des personnes aux visions radicalement opposées (bien souvent, les premiers sont contre une vision productive des espaces naturels), mais aussi de créer une sorte de confusion des contenus.

Quel peut donc être l'objectif de notre ministère de tutelle ?

A dire vrai, j'ai beaucoup de mal à percevoir les effets positifs de cette réforme. Je crois surtout que l'objectif non affiché du gouvernement est de déboucher une filière qui est, aujourd'hui totalement obstruée: après les tempêtes de 99, les candidats au BTS GF ont nettement augmenté, créant un effet entonnoir à la sortie des écoles, avec un nombre de postes beaucoup trop faible par rapport aux heureux élus. Mélanger les formations permettrait donc d'avoir des spécialistes plus "pauvres" en connaissances au nom d'une soit disant polyvalence bénéfique pour les postulants.
Concernant d'autres objectifs plus ou moins clairs, j'attends d'avoir la réponse du ministère pour les exposer.

Une chose est sûre : le BTSA ne va pas être mis en valeur avant longtemps comme beaucoup l'espèrent ! Alors que beaucoup de diplômes se sont alignés sur le système Licence - Master - Doctorat, les BTSA restent encore des formations à niveau Bac+2, et sont donc mal reconnus au niveau européen. Une réforme en ce sens serait la bienvenue, d'autant que le contenu du GF est extrêmement dense!



par Thibault publié dans : A mon avis...
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander

Nous avons un point commun

Toujours utile ..


Enter your email address:

Delivered by FeedBurner



Pour ceux qui souhaiteraient faire de la promotion pour Sylvasphere avec le bouton suivant

Sylvasphere

Coller le code suivant dans votre blog :


Du flux !!!

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus